Le 7 février 2016, c’est Lyon Science 2016 !

Il faut croire que j’aime particulièrement les défis… Après ce blog, qui a maintenant 5 ans, des articles pour le journal La Recherche, et même pour Le Figaro (!) , me voilà en train de participer à l’organisation d’un grand évènement de médiation scientifique, « sobrement » intitulé Lyon Science 2016 !

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Cela fait 2 ans qu’avec des amis de l’association Café des Sciences, on se réunit dans la capitale des Gaules. Pour manger un bout de gras double, puis pour faire une petite après-midi où une dizaine d’entre nous avait fait des courtes interventions devant une trentaine d’amateurs. Cette année, on a vu plus grand. Vraiment plus grand.

Lyon Science 2016 sera une journée pleine, avec une vingtaine d’intervenants, des conférences, des tables rondes, des ateliers. Honnêtement, il s’agit bien sûr d’une excuse pour pouvoir, à nouveau, tous et toutes se retrouver, échanger, et s’amuser. Mais cette fois, on espère pouvoir se retrouver, échanger, et s’amuser avec un grand public ! Le 7 février, à partir de 10h, jusqu’au soir, on investira l’amphithéâtre Mérieux de l’ENS de Lyon (place de l’école, 69007 Lyon), son grand hall en accueillant jusqu’à 450 personnes.

L’idée qui trotte derrière notre tête pour cette journée, c’est d’entrevoir la variété de ce qui est fait actuellement en médiation et vulgarisation scientifique. Blogueurs, Youtubeurs, médiateurs institutionnels, journalistes scientifiques seront présents pour confronter leur manière de parler des sciences. Ils parleront de biologie, mathématiques, astronomie, physique, linguistique…de façon dynamique, amusante, dérangeante… Mais ils parleront aussi de la médiation scientifique elle-même, de son histoire, son évolution, ses nouvelles pratiques et de ses limites à dépasser encore.

Le programme, qui s’étoffe de jour en jour, est dévoilé sur en News la page Ulule de financement de l’événement. Oui, parce que nous cherchons à régler un tout petit problème : celui du financement… Et nous avons besoin de vous !

 

Avec un peu de chance, ces quelques lignes vous auront donné envie de venir participer à Lyon Science… Avec un peu de chance, vous serez même prêt à investir quelques sous pour le rendre possible… Merci à vous toutes et tous ! En espérant vous voir ce beau dimanche qui se profile !

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[Flash Info Chimie] #45 Abracadabra, un peu de lumière, et d’un triangle, je fais un petit rhombicuboctahèdre !

Parfois, il suffit de peu de choses pour transformer drastiquement des composés en d’autres, de formes, de tailles complètement différentes. Les composés à l’honneur dans cet article en sont un exemple parfait.

Il s’agit ici de complexes de palladium, c’est-à-dire des assemblages moléculaires constitués d’un ion palladium Pd2+, entouré de molécules organiques plus ou moins complexes, appelés ligands. Les complexes de palladium sont très utilisés en chimie fine, comme catalyseurs d’une grande variété de réaction chimique. Ici, les ligands sont un peu particuliers : non seulement ils peuvent se lier à deux ions Pd2+ simultanément, mais en plus, ils sont sensibles à la lumière : sous certaines irradiations, ils vont se transformer, légèrement, mais suffisamment pour engendrer de grandes modifications de l’architecture de l’assemblage moléculaire.

Ces composés, dits photochromiques, vont changer de structure sous une irradiation à 313 nm, ce qui va écarter légèrement les atomes (d’azote ici, N) sur lesquels se fixent les ions palladium. En les irradiants à nouveau, à 617 nm, on peut obtenir à nouveau le composé de départ.

La différence entre ces deux formes consiste en la liaison supplémentaire qui est formée entre les deux cycles contenant chacun un atome de souffre. On remarque que les deux atomes d'azote (N sur les schéma) s'éloignent de façon nette lors de cette transformation.

La différence entre ces deux formes consiste en la liaison supplémentaire qui est formée entre les deux cycles contenant chacun un atome de souffre. On remarque que les deux atomes d’azote (N sur les schéma) s’éloignent de façon nette lors de cette transformation (source).

 

Spontanément, les ions Pd2+ et leurs ligands forment des sortes de trimères, des jolis triangles parfaitement stable. Mais sous l’effet de la lumière à 313 nm (UV proches), les ligands se transforment, ce qui conduit à la formation d’un petit rhombicuboctaèdre (je dis « petit », parce que d’après Wikipédia, il faut bien le distinguer d’un « grand rhombicuboctaèdre », qui n’a pas du tout la même structure (voyons !)). Et de la même manière, sous irradiation à 617 nm, on retrouve le petit triangle initial.

 

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Les boules grises symbolisent les ions palladium. En jaune, les atomes de souffre, en vert les atome de fluor, en violet les atomes d’azote (source)

Il s’agit ici d’un article qui n’a pas prétention à proposer des applications. Néanmoins, passé l’émerveillement pour la beauté des structures obtenues, il apparaît que ces complexes photochromiques, qui changent totalement de forme et de structure sous irradiation pourrait avoir, dans un avenir certes assez lointain, des applications en médecine (relargage contrôlé par de la lumière d’un médicament contenu dans la « cage » que forme le rhombicuboctaèdre), catalyse, ou encore en électronique moléculaire.

 

« Light-Controlled Interconversion between a Self-Assembled Triangle and a Rhombicuboctahedral Sphere » M. Han et al. Angew. Chem. Int. Ed. 2015, 54, Early Edition

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Réchauffement climatique et rififi dans les couples pollinisateurs/fleurs

A cause du réchauffement climatique, des changements physiologiques importants peuvent se produire dans les espèces animales, et tout particulièrement chez les insectes. Changements permettant de mieux survivre aux évolutions environnementales…

Une équipe américaine a travaillé sur deux espèces de bourdons (Bombus balteatus et Bombus sylvicola) en milieu alpin. Ces insectes pollinisateurs ont, ou plutôt avaient, la particularité d’avoir une trompe longue, ce qui constitue un avantage évolutif pour collecter efficacement le nectar des fleurs présentant une corolle longue, en tube. Les scientifiques se sont aperçus qu’en 40 ans, la trompe de ces espèces s’était raccourcie de 26 % en moyenne, passant, globalement, de 8 à 6 mm chez B. balteatus et de 6 à 4 mm chez B. sylvicola.

Bombus Balteatus (crédit : D. Sikes)

Bombus Balteatus (crédit : D. Sikes)

Différences hypothèses ont été évaluées, comme par exemple un changement dans la proportion fleurs au tube court versus tube long, un changement morphologique global de ces insectes (leur taille qui diminuerait), ou une concurrence accrue avec de nouveaux pollinisateurs.

Pour les auteurs de cet article, il faut plutôt chercher du côté de la raréfaction globale des fleurs dans les alpages, qui favorise des insectes plus polyvalents (c’est-à-dire, ici, des insectes à la trompe plus courte).* En effet, en raison du réchauffement climatique, particulièrement sensible en haute altitude, les étés sont devenus plus chauds et plus secs, ce qui a provoqué une diminution spectaculaire du nombre de fleurs. A titre d’exemple, sur un des sites étudiés, « Pennsylvania Montain » dans les Rocheuses, entre 3600 et 3900 m d’altitude, la quantité de fleurs a diminué de 60 % en 40 ans.

Ce sont les insectes aux trompes courtes qui sont les plus polyvalents (contrairement, d’ailleurs, à ce que je pouvais imaginer). Le raccourcissement des trompes de ces deux Bombus leur a permis d’atteindre une plus grande diversité de fleurs, compensant ainsi, en partie, la disparition de leur stock de nourriture.

Les résultats de cet articles sont à la fois encourageants et inquiétants :

  • d’une part, ces espèces ont évoluées très rapidement afin de s’adapter aux modifications liées au réchauffement climatique, ce qui permet d’espérer que les pollinisateurs arrivent à « encaisser le coup » de la modification drastique et rapide du climat.
  • Mais d’autre part, la contrepartie de cette évolution, c’est la « déconnection » (traduction libre et personnelle du « mismatch » de la publication) des espèces entre elles : les bourdons et les fleurs d’alpages sont liées par une interaction de type « mutualisme », c’est-à-dire qu’elles tirent partie, chacune, de l’action de l’autre : le bourdon se nourrit, la fleur se reproduit. Une modification de l’une des espèces peut donc mettre en danger l’autre ! Ici, les bourdons pourraient polliniser de façon moins efficace les fleurs à long tube, en étant moins spécifiques de ces fleurs… Et ainsi conduire à la fragilisation de ces espèces.

Pour l’instant, il n’a pas été observé de modifications dans les proportions entre les espèces florales à tube plus ou moins long. Mais il me semble qu’il serait peu étonnant que des évolutions brutales survenant sur une espèce puissent laisser sur le carreau certaines de celles qui en dépendent.

 

(*) Evidemment, ils ont invalidé les hypothèses précédentes : pas de modification de la proportion fleurs à tube long/ fleurs à tube court ; Pas de modification de la taille de l’insecte ; Pas de nouvelle concurrence avec les nouveaux pollinisateurs.

« Functionnal Mismatch In A Bumble Bee Pollination Mutualism Under Climate Change » N. E. Miller-Struttmann et al. Science 2015, 349 (6255), 1541-1544.

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[Flash Info Chimie] #44 Liquide poreux, le retour

En avril 2015, je vous présentais les « liquides poreux« , ces liquides qui, tels les solides, présentent des cavités pouvant accueillir d’autres molécules. Pour être précis, on parle ici de micro-porosité permanente :

  • micro-porosité pour indiquer qu’il ne s’agit pas de la porosité liée à l’espace entre les molécules dans le liquide, qui est si faible qu’un atome ne peut même pas s’y glisser.
  • permanente, pour indiquer qu’il ne s’agit pas de cavité qui se forment et disparaissent au gré des mouvements ou des réactions chimiques dans le milieu

Dans un article paru il y a quelques jours dans Nature, un nouveau liquide poreux est présenté. Contrairement à celui que je vous avais présenté précédemment (où il s’agissait de nanosphères de silice), l’équipe nord-irlandaise a mis au point une molécule ressemblant à une cage, entourée de larges molécules (des éther-couronnes, pour les connaisseurs) pour éviter que la cavité, au centre de la cage, soit bouchée par un morceau d’une autre cage.

La molécule cage, qui tire sa rigidité permettant la porosité permanente de sa géométrie : un gros tétraèdre en gris/bleu/blanc, décoré par des éther couronnes en gris/rouge

La molécule cage, qui tire sa rigidité permettant la porosité permanente de sa géométrie : un gros tétraèdre en gris/bleu/blanc, décoré par des éther couronnes en gris/rouge

 

En utilisant un solvant très encombré (en fait, un autre ether-couronne), trop gros pour pouvoir pénétrer dans les cages, ils ont ainsi obtenu un liquide très poreux, dont les cavités sont susceptibles de contenir des gaz comme du CO2, du méthane, du xénon.

Les quantités « stockables » sont mineures comparés aux meilleurs solides poreux, mais l’état liquide a un gros avantage : il est adapté à la plupart des procédés industriels de traitement des gaz, où un liquide va solubiliser le gaz dans une première zone, l’amener via tuyauterie dans un autre compartiment où le gaz pourra être relargué, avant de retourner dans la première zone. Et ça, ce n’est pas gérable avec des solides !

« Liquids with permanent porosity » N. Giri et al. Nature 2015, 527, 216-220

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Cinq remèdes homéopathiques QUI MARCHENT !

De nombreuses publications ont montré que l’homéopathie ne fonctionne pas. Mais alors, pas du tout. En fait,TOUTES les publications scientifiques sur le sujet ont montré qu’en dehors de l’effet placebo, l’homéopathie n’avait aucune action sur le corps, à part éventuellement sur les personnes diabétiques, à cause du sucre qui compose les petites granules.

Homeopathic medication with chamomile globules

L’homéopathie… ÇA MARCHE !!!

Et bien pourtant, je vais vous présenter 5 remèdes HOMÉOPATHIQUES QUI MARCHENT, du moins s’ils existaient. Et vous allez voir que le principe de similitude, et autres théories fumeuses maintes fois réfutées n’y sont pour rien.

Avant d’entrer dans le sujet, rappelons que pour réaliser un remède homéopathique, on dilue une « teinture mère », c’est-à-dire un extrait aqueux ou alcoolique d’une plante ou d’un « truc » (foie de canard malade par exemple pour le fameux et très rentable Oscillococcinum). Pour les techniques de dilution, le Pharmachien en parle très bien, et c’est la notation « CH » sur le remède qui nous donne la concentration finale :

  • 1 CH correspond à une dilution par un facteur 100 de la teinture mère (1 mL pour 1 Litre d’eau)
  • 2 CH correspond à une dilution par un facteur 100 x 100 = 10 000 de la teinture mère
  • 3 CH correspond à une dilution par un facteur 100 x 100 x 100 = 1 000 000
  • etc… n CH correspond à une dilution par un facteur 100n

Bref, au bout de 11-12 CH, il est à peu près sur qu’il ne reste AUCUNE trace de la teinture mère dans le remède…

Après ces petites précisions d’usages, passons au TOP 5 DES REMÈDES HOMÉOPATHIQUES QUI MARCHENT !

REMÈDE N°1 : Norovirus Laxatus 4 CH

Ce remède se prend par voie orale. Il permet aux patients de fluidifier le contenu de leur tractus digestif et intestinal, qui pourra ensuite être évacué par les voies naturelles, haute, et basse. Prévoir néanmoins des toilettes à proximité, une alimentation à base de riz blanc et de carottes/bananes pendant quelques jours.

La teinture mère est constituée d’une suspension d’excréments de personnes atteintes de gastro-entérites aigues, à norovirus (soit la plupart des gastro-entérites en Europe). Chaque gramme de ces excréments contiennent entre 100 millions et 10 milliards de virus (1). Or, une dizaine de norovirus suffit à déclencher une gastro-entérite (2). 4 CH est donc une dilution tout à fait acceptable pour avoir une très bonne probabilité d’action du remède.

REMÈDE N°2 Thiolus Odorantis 4CH

Ce remède est réservé aux personnes trop sociables, et qui ont besoin de se retrouver un peu seule, dans une intimité que nul n’osera violer. Laissez fondre les granules de Thiolus Odorantis dans la bouche . L’effet est immédiat. Meme pour vous. Disons que vous n’accepterez sans doute meme plus votre propre compagnie, et surtout votre propre haleine.

Issus de la dilution de  3-méthylbut-2-ène-1-thiol  la molécule la plus odorante connue pour l’homme, vous exhalterez un parfum à vomir avec cette dilution au cent-millionième, puisqu‘un milliardième de gramme est déjà détecté par notre nez. N’essayez pas Thiolus Odorantis 3 CH ou une autre dilution plus faible si votre sens olfactif n’a pas été totalement détruit avant.

REMÈDE N°3 Toxicus Botulinium 5CH

Vous êtes trop tendu ? Vos muscles sont tous contractés ? Toxicus Botulinium 5CH est fait pour vous ! Une inhalation, et vos muscles se détendront, comme par magie. Utile aussi en cas de strabisme, et de nombreux autres troubles d’hyperactivité musculaire.

Préparée à partir d’un produit naturel non OGM (Clostridium Botulinium), cette solution à inhaler, ou à s’injecter directement dans les muscles hypertendus est d’une efficacité redoutable. Attention néanmoins au surdosage : la prise de 5 à 10 doses de Toxicus Botulinium 4CH, qui contient 10 ng de Toxine Botulique, a pour effet secondaire… La mort.

REMÈDE N°4 Coxiella Burnetiius 6CH

Ce remède… Ne remède pas grand chose. Par contre, il est très efficace contre des ennemis potentiels. A partir d’1 g de la matière première, a été produit plus de doses nécessaires qu’il n’y aura jamais d’humains sur Terre.

En estimant à environ 10-13 g la masse d’une bactérie de l’espèce Coxiella Burnetti (2), chaque dose de ce remède contient au moins une copie du micro-organisme… Ce qui est tout à fait suffisant pour infecter celui qui l’ingère. A administrer, donc à son ex, à sa belle-mère, ou à Kim-Jung Un. La Fièvre Q qui en résulte sera tout à fait spectaculaire.

Chose intéressante : ce « remède » reste efficace dès années après sa préparation, meme s’il est soumis à de fortes chaleurs, ou à des rayonnements UV intenses… Ne jetez pas vos vieux tubes, ils pourront toujours resservir !

REMÈDE N°5 Polonium Radiante 6CH

Vous vous ennuyez dans votre vie, que vous trouvez trop plate, sans émotions ? Prenez une dose de Polonium Radiante 6 CH, et il vous sera permis de vivre dans le doute, dans la peur de mourir dans d’atroces souffrances liées à la survenue de multiples cancers ! Ce remède, certes extremement couteux, est reconnu pour ses vertus cancérigènes… Mais attention, il ne s’agit pas d’une action chimique, mauvaise pour la santé ! C’est d’émissions de particules véloces au sein même de votre organisme dont on parle ici (ce qui n’est pas la même chose…). à partir des 85 g produits annuellement, ce sont 85 000 000 000 000 doses qui peuvent ainsi etre préparées. Le polonium 210, dont quelques picogrammes ingérés suffisent à dépasser les limites tolérables de radioactivité, va avoir une action prolongée, et distiller ses particules alpha pendant des mois au coeur même de vos organes…

Testé avec succès par la star russe Alexandre Litvinenko !

Ouf, c’est pour de faux !

Bien sûr, ces « remèdes » n’existent pas. Les valeurs données sont un peu approximatives (à un facteur 10 près…) , tout comme les voies d’administration (orale, par injection, par inhalation). Ce qui me semble important ici, c’est de mettre en avant les très faibles quantités des poisons, agents pathogènes, ou molécules odorantes qui suffisent pour induire une réaction de la part de notre corps. Des quantités si faibles, que des « doses homéopathiques » peuvent être responsables des pires effets ! Lorsqu’on dit que les tubes homéopathiques ne contiennent pas une seule molécule active, c’est totalement faux pour les faibles dilutions (jusqu’à 9 – 10 CH). Mais cela ne signifie pas pour autant que « l’homéopathie marche » : Ces remèdes sont les pires qu’on pourrait imaginer, issus des pires micro-organismes et pires poisons. Et en-deçà de 6 CH, ils n’auraient « même pas » les effets escomptés… Alors ne comptez pas sur moi pour promouvoir ces granules de sucre…

 

Bibliographie:

  • (1) Données issues de la thèse de Alison Vimont
  • (2) Estimation maison, sur la base de la masse d’une E. Coli. Coxiella est censée être une « petite bactérie…

Merci à Mme Déjantée pour m’avoir, de retour de vacances, fait exploser de rire en me proposant ce sujet !!

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[Science Et Genre] #4 : Des quotas dans le recrutement des universitaires

La Fondation Robert Bosch et l’European Molecular Biology Organization (EMBO) viennent de publier un rapport commun sur la pertinence de la mise en place de quotas de genre dans le milieu universitaire. Il ne s’agit pas, ici, de quotas lors de l’inscription dans des filières sélectives comme les écoles d’ingénieurs, ni de quotas pour l’obtention de bourses d’étude d’excellence. Il est question en réalité de quotas qui concernent les universitaires.

Face à des inégalités criantes, des mesures tièdes

L'ensemble des président-e-s des universités françaises. Ils ont essayé de rendre les femmes plus visibles, au premier rang... Belle initiative !!

L’ensemble des président-e-s des universités françaises. Ils ont essayé de rendre les femmes plus visibles, au premier rang… Belle initiative !!

Actuellement, en France, s’il y a une part quasi égale entre les étudiant-e-s en doctorat (48 % de femmes contre 52 % d’hommes), 57,9 % des maîtres de conférences sont des hommes. Plus on progresse dans la hiérarchie, plus l’inégalité est criante : les femmes ne représentent plus que 15 % des président-e-s d’université.

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Répartitions femme (orange)/homme (bleu) des effectifs à l’université en France (2011). Source : Ministère de l’Enseignement Supérieur.

Très régulièrement, on entend à quel point cela est scandaleux. A de nombreuses reprises, lors de ma très très courte carrière universitaire, j’ai pu entendre des témoignages, des remarques cinglantes et scandaleuses:

  • Cette Chargée de Recherche du CNRS, bloquée dans son avancement par son ex-directeur de labo au bras long, qui s’est senti « trahi » (sic) lorsqu’elle a eu un enfant.
  • C’est ce propos tenu, sans gêne, sur la nomination de cette professeure de l’Université : « On voulait que son mari vienne, alors on lui a proposé un poste à elle aussi »
  • C’est cette étudiante post-doctorante, à qui un poste de maître de conférence était quasiment destiné, qui se l’est vu refusé parce qu’elle avait fait part de son désir d’avoir rapidement un enfant

Si la question de la maternité revient souvent, ne soyons pas dupe. Il s’agit ni plus ni moins de sexisme et de discrimination à l’embauche. Les hommes aussi ont le droit au congé parental. le « risque » encouru par un laboratoire, par une équipe enseignante n’est pas censé être plus grand dans un cas que dans l’autre.

Certes, ces discriminations existent aussi dans le privé : mais n’utilisons pas l’argument biaisé du « c’est pire ailleurs » pour justifier l’injustifiable.

Ces inégalités sexistes à l’Université, le ministère de l’Enseignement Supérieur en a conscience. En 2013, sous l’impulsion de feu-le Ministère des Droits des Femmes, et après publication des chiffres-clés de la parité femme-homme dont sont issus le graphique précédent), un plan d’action a été publié. Celui-ci prévoit beaucoup… De concertation. Beaucoup… de formation à l’égalité Femmes-Hommes. Beaucoup… de… bonnes intentions. La nomination d’un-e chargé-e d’égalité Femmes-Hommes. Bref, essentiellement une démarche de volontariat. Seule mesure contraignante : l’application de l’article 56 de la loi du 10 mars 2012, qui impose un quota de 40 % de chaque sexes dans la nomination des haut-fonctionnaires (y compris dans les domaines de l’enseignement et de la recherche) par le conseil d’état. Du coté des établissements d’enseignement supérieurs, cela ne se voit pas beaucoup, puisque même les présidents des universités ne sont pas concernés par ces quotas…

Le peu d’aspects contraignant de ce plan d’action n’a pas empêché le ministère de l’enseignement supérieur de communiquer sur « La France, pionnière de l’égalité à l’Université« . Tout en se gardant bien de se comparer à ses voisins…

Dans ce contexte d’actions tièdes, le rapport de EMBO et de la fondation R. Bosch sur la mise en place de quotas de genre permet de se projeter dans des actions réellement offensives pour l’égalité des sexes dans les universités françaises et européennes.

Au fait, POURQUOI vouloir l’égalité des sexes à l’Université ?

Cette question n’est peut-être pas si anodine qu’elle en a l’air. Du moins, les auteur-e-s du rapport, qui comparent les actions en faveur de la parité en politique, dans les entreprises, et dans les université,s prennent le temps d’y répondre. En politique (dans un système démocratique), la parité a tout son sens : les conseils, les parlements se doivent de représenter tous les citoyens. Les femmes représentant un peu plus de 50 % de la population, il est nécessaire qu’elles y soient représentées, à hauteur de leur proportion !

Maintenant, soyons provocateur : quelle est l’UTILITÉ de l’égalité des sexes dans le monde économique, et dans le monde universitaire ?

Dans les entreprises, le but est de gagner de l’argent. Est-ce que la présence de femmes dans les instances dirigeantes permettent à augmenter les gains ? D’après les études citées dans ce rapport… Pas vraiment ! Si on note que dans les entreprises les plus rentables, il y a effectivement plus de femmes que la moyenne dans les conseils d’administration, il a été enregistré une diminution des profits à court terme dans les entreprises ayant féminisé leurs instances dirigeantes. Je me rappelle en revanche du discours d’un chargé de mission à la région Rhône-Alpes, qui expliquait, pour justifier l’intérêt de l’égalité femme-homme en entreprise, que « un consommateur sur deux était une femme. Afin de concevoir des produits qui pourraient leur être destinés, il valait mieux que des femmes soient bien placées parmi les équipes de direction !

Dans les universités, le but est différent. Il s’agit de produire des savoirs, et de former. La parité femmes-hommes permettrait-elle d’augmenter la productivité ? La qualité des enseignements ? Rien, à l’heure actuelle, ne permet de l’affirmer.

Ces remarques précédentes, sur le monde économique et sur le monde académique sont l’expression d’un sexisme odieux. Elles signifient que l’égalité femme-homme passe après les intérêts économiques et universitaires. Elles signifient qu’il s’agit d’une variable à ajuster afin de trouver un optimum de compétitivité, d’efficacité. Dans le rapport sur les quotas dont il est question ici, les auteur-es expliquent que certains trouvent normal de promouvoir, voire d’imposer la parité à l’université PARCE QU’elle est financée par des fonds publics, et qu’À SE TITRE, il est normal que l’état financeur souhaite qu’on retrouve la même proportion de femmes dans l’enseignement supérieur que dans la population. Heureusement, d’autres, finalement, pensent que l’égalité femme-homme est une valeur en soi. Qu’elle ne devrait pas être soumise à condition de rentabilité. Qu’elle est juste une expression parmi les plus basiques de la démocratie, au même titre que l’égalité entre personnes d’origines sociales différentes, de cultures différentes, de couleurs de peau différentes. La parité, tout particulièrement dans les emplois académiques qui représentent un summum culturel, social et intellectuel est l’indicateur fondamental de cette égalité.

Des quotas… Mais où ?

Ce rapport examine l’instauration des quotas à trois niveaux distincts : dans le recrutement, dans l’attribution de bourses et de financements, dans la nomination des membres des comités de recrutement et d’évaluations des institutions et universités. Afin de procéder à cette analyse, les auteur-es sont allés regardés du coté de la vie politique, des directions d’entreprise, qui, dans de nombreux pays européens, doivent déjà respecter certains quotas. Ils se sont également penchés sur le cas de quelques organisations et pays européens, qui ont d’ors-et-déjà mis en place certains quotas (en particulier l’Allemagne et la Suède)

Quotas dans les recrutements : le volontarisme ne suffit  pas

Que ce soit en politique, en entreprise, ou dans les institutions d’enseignement supérieur et de recherche, si les quotas de genre ne sont pas imposés contre sanctions, ils n’ont aucun effet. Pire, les auteur-es pointent du doigt la situation politique française, où « les sanctions financières sont si faibles que les partis préfèrent payer des amendes plutôt que de respecter la loi » (Cocorico couac !).

Dans les expériences allemandes et suédoise, même si il est trop tôt pour avoir une idée définitive, les effets des quotas volontaires sont faibles, voire nuls, et la proportion de professeure d’université reste similaire à la moyenne des pays de l’Union Européenne.

Pourtant, dans le monde politique et le monde des affaires, les quotas imposés contre sanction ont permis de faire évoluer positivement la situation. Par exemple, en France, le nombre de femmes dans les comités de direction des entreprises publiques a ainsi augmenté de 17,4 % entre octobre 2010 et octobre 2013, grâce à la mise en place de quotas (la loi prévoit 40 % de femmes dans ces comités pour 2017). En Belgique, le nombre de femmes au parlement est passé de 12 % à 36,7 % avec des lois sur les quotas.

Prenant compte de ces expériences, les auteurs du rapport tirent quelques conclusions :

  • Les quotas dans les recrutements des universitaires doivent s’imposer contre sanctions. Le volontarisme n’est pas suffisant.
  • Ces quotas doivent concerner l’ensemble des positions hiérarchiques, du maître de conférence jusqu’à la direction de l’université. Si seul un échelon est visé, cela n’empêchera pas un déséquilibre aux autres échelons !
  • Afin de limiter la mauvaise image qu’ont les quotas, qui pourraient « nuire à la méritocratie » selon certains universitaires interrogés lors de la rédaction du rapport, chaque établissement doit pouvoir mettre en place ces quotas selon ses propres modalités.

Quotas dans les comités de recrutement et d’évaluation des établissements : une efficacité limitée

Partant de l’idée qu’un comité principalement masculin pourrait produire des résultats biaisés par leur genre, plusieurs évaluations ont été entreprises en Europe. Mais, heureusement, il n’a pas été établi de corrélation entre la proportion femmes-hommes dans de tels comités, et les résultats dans les évaluations et recrutements. Si la parité dans ces comités semble être un but à atteindre en soi, cela ne semble pas avoir de réelles conséquences sur la façon de fonctionner de ces comités.

Quotas dans l’attribution de financements : circulez, il n’y a rien à voir ?

il n’y a pas de consensus sur l’existence d’un biais dans l’attribution de financements et de bourses, selon que cela soit un homme, ou une de femme qui fait la demande. Certaines études en trouve un, léger, mais réel, d’autres aucun. Il semble que cela dépende grandement du pays, et de l’institution qui attribue le financement. Les quotas pourraient néanmoins être appliqués pour promouvoir les recherches menées par des chercheuses.

[ A titre personnel, je me questionne sur la pertinence d’attribuer une bourse à une personne. La recherche est finalement un acte collectif. Pourquoi ne pas instaurer un quota de genre sur les équipes qui portent les projets susceptibles d’être financé ? C’est-à-dire que ces équipes devront comporter un nombre à peu près égal de femmes et d’hommes pour prétendre à une bourse de recherche. ]

Agir, ou laisser le temps faire son oeuvre ?

Un des principaux arguments contre le fait d’imposer les quotas, réside dans le « choc » que cela pourrait représenter. Un « choc », dans la mesure où, pour l’instant, peu de femmes ont accès aux postes hiérarchiquement élevés. Demander d’atteindre en quelques années une parité, ou un début de parité signifierait de privilégier les candidates, alors même qu’elles sont moins nombreuses que les candidats. Ceux qui défendent cet argument expliquent que c’est aller contre la « méritocratie », base du fonctionnement de l’Université. Ils seraient « obligés » d’embaucher, de financer des chercheuses parfois « moins méritantes » que des chercheurs.

Pour moi, ce « choc » est une construction réactionnaire sans fondement. Le « vivier » de femmes scientifiques n’est pas famélique en Europe. Même en minorité, elles sont nombreuses à chaque échelon. Suffisamment du moins pour présenter des candidatures de qualité égale à celles des hommes. N’oublions pas non plus que les critères de « mérite » à l’Université sont eux aussi biaisés, et favorisent les carrières typiquement masculines (je vous renvoie aux articles cités page 6 dans le rapport pour cette question).*

Laisser le temps faire son oeuvre pourra marcher. Toute politique égale par ailleurs, on voit se féminiser AUSSI les métiers de l’enseignement-recherche. Néanmoins, combien d’années, de dizaines d’années devra-t-on encore attendre ? Le temps de renouveler les enseignant-e-s-chercheurs-ses, de voir, à chaque génération, augmenter la proportion de femmes, le réchauffement climatique nous aura toutes et tous croqué tout cuit !

A l’heure où 67 % des européen-nes estiment encore que « les femmes n’ont pas les capacités requises pour accéder à des postes scientifiques de haut niveau », l’urgence de la parité exige des mesures fortes. L’instauration de quotas à l’embauche, pour moi, doit être l’élément central d’une véritable politique égalitariste à l’Université.

 

*Mon beauf me rappelle qu’il existe, hélas, de fortes disparités entre les disciplines. En philosophie, mathématique, informatique par exemple, il y a très peu de femmes universitaires, mais aussi un faible nombre d’étudiantes. Faut-il adapter les objectifs en fonction des disciplines, au risque de conserver les stéréotypes de genre sur la douance des étudiant-e-s, et de repousser encore le moment où il y aura une vraie parité ?

 

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[Flash Info Chimie] #43 Amplification de la chiralité par une surface achirale

La plupart des molécules du vivant pourraient exister sous deux formes appelées énantiomères : images l’une de l’autre dans un miroir, elles sont néanmoins bien distinctes, à la manière de nos mains gauche et droite que l’on ne peut pas superposer. C’est ce qu’on appelle la chiralité (de χείρ, la « main », en grec). Pourtant, dans la plupart des cas, un seul des deux énantiomères existe dans la nature, sans qu’on en sache encore clairement la raison. Des pistes très sérieuses pour résoudre ce problème de l’homochiralité de la nature existent, mais proposent uniquement de très légers excès d’une forme sur l’autre. Reste le sous-problème de l’amplification de la chiralité, que l’on peut présenter schématiquement comme cela : comment passer d’un rapport de 50,0001 /49,9999 entre les deux énantiomères à un rapport 99,9999 /0,00001 ?

Dans un article paru dans Nature Chemistry, des chimistes ont montré que des surfaces achirales (c’est-à-dire qu’elles sont superposables à leur image dans un miroir) peuvent servir d’amplificateur de chiralité. En clair, ils ont exposé une surface de cuivre à un mélange gazeux d’acide L-aspartique et d’acide D-aspartique (les deux énantiomères de … l’acide aspartique). Lorsque le mélange gazeux était de 50 % pour les deux formes, cette proportion ce retrouvait de façon identique adsorbée sur le cuivre. Mais pour un mélange gazeux 2 / 1, ils ont obtenu une proportion de 16 / 1 adsorbée.

Les modélisations réalisées montrent que l’élément déterminant dans cette amplification réside en la formation de clusters homochiraux d’une dizaine de molécule d’acide aspartique à la surface du cuivre (clusters = regroupement de quelques unités de molécules), c’est-à-dire des clusters qui ne contiennent qu’une seule des deux formes énantiomères possible.

« Adsorption-induced auto-amplification of enantiomeric excess on an achiral surface » Yongju Yun and Andrew J. Gellman, Nature Chemistry 2015

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Du racialisme en toile de fond des commentaires sportifs ?

Je ne ferais qu’un court billet, suite au partage récent par Xavier Molénat (d’AlterEcoPlus, son Twitter) et Denis Colombi (son blog, son Twitter) de deux articles sur les performances sportives des athlètes africains :

 

La génétique au secours des préjugés racistes ? Raté…

Il paraît que Christophe Lemaître serait d'origine Kalenjins, lui aussi... #IlParaît

Il paraît que Christophe Lemaître serait d’origine jamaïcaine… Ou presque. #IlParaît

Dans ces deux articles, les sociologues rappellent que les commentaires des performances des coureurs africains font très souvent références à une supériorité physique naturelle de l’Africain de l’Ouest (pour le sprint), du Nord (pour le 5000 m et le demi-fond), de l’Est (pour le 10 000 m et le marathon). Pourtant, les études « performances et races » souvent anciennes épluchées par Sacco et Grémion ne donnent aucun liens concluants. Il a par exemple été montré que les caractéristiques physiques censées profiter aux kényans se retrouvent chez les scandinaves, qui ne brillent pas particulièrement en course… L’analyse des résultats sportifs ne va pas non plus dans le bon sens : à peine un « groupe ethnique » est désigné comme étant supérieur, qu’un autre lui dame le pion ! Les kényans des ethnies Kalenjins, par exemple, étaient censés, par mariage (limite consanguins, dirait un commentateur), conserver les gènes du l’endurance, et donc naturellement briller… Mais se sont fait battre par les éthiopiens, nouveaux venus dans les compétitions de longues distances. De la même façon, ce découpage est foireux (pardonnez moi l’expression !) : si les Kalenjins étaient supérieurs, le Soudan brillerait aussi, puisqu’ils en sont originaires. De même, les berbères sont très bien représentés parmi les athlètes de haut niveau. Pourtant, alors que cet ensemble d’ethnies est présent depuis l’antiquité en Lybie, aucun berbère libyen ne brille en athlétisme.

Et puis, il y a l’éternel problème féminin : comment expliquer, si la génétique ethnique est au centre des explications des résultats, que les nations qui brillent en athlétisme féminin ne soit pas DU TOUT les mêmes qu’en athlétisme masculin ? le Top 100 du Marathon féminin en 2000 comptait 22  africaines, contre 60 africains chez les hommes. De même, les pays d’Europe de l’Est brillent en compétition de semi fond et de fond chez les femmes, et se font écraser chez les hommes…

Bref, on a beau chercher, parler de supériorité génétique d’un groupe ethnique ou géographique n’a pas de sens… Ou bien il sert surtout à caser des préjugés racistes : si les africains ont les gènes pour courir, les européens ont les gènes de l’intelligence ? C’est si facile.

Lorsque la génétique est invalidée, le culturalisme prend le relais !

Si c’est pas les gènes, c’est qu’en fait, les Africains, ils courent tout le temps ! Si si, c’est bien la suite des discours ! l’Africain court pour échapper au lion ou encore pour aller à l’école ! La seconde assertion a tellement été assénée avec autorité, qu’elle a été étudiée et… démentie. Les meilleurs athlètes marocains sont très largement des urbains. Les régions dont sont issus les meilleurs kényans sont caractérisés par une forte densité d’établissement scolaire (trajet domicile – maison court… Pas idéal pour travailler l’endurance), et sont souvent passés par la case « internat »… La haute altitude des plateaux kényans a aussi été invoquée… (Quid des mexicains, des tibetains, etc… ?).

On pourrait multiplier les exemples de culturalisme mal placés, qui croient expliquer, au gré des performances des différents états, la supériorité des uns sur les autres. En vain. C’est ailleurs qu’il faut probablement chercher.

Nom de nom, qu’une seule solution : sociologisons !

C’est du côté historique et sociologique que l’on peut trouver les explications les plus convaincantes (ou qui me semble, personnellement, les plus convaincantes).

 

  • Historiques : Par exemple, pour Manuel Shotté, c’est sous le protectorat français que s’est installé l’idée que les marocains étaient doués pour la course. C’était en réalité le seul sport qui leur était accessible. C’est sur la base de cette croyance que s’est développé une politique de détection et d’entraînement qui a produit les athlètes reconnus sur la scène internationale.
  • Économiques : Certaines épreuves d’athlétisme, peu rémunératrices ont été délaissées par les nations occidentales. Ce qui a laissé le champ libre aux nations plus pauvres. Ceci se traduit quantitativement, entre autre, par un déclin des performances chronométriques des athlètes européens, par rapport à la génération précédente ! D’autre part, la course à pied reste un sport très accessible aux populations modestes, comparés à ceux qui demandent des équipements plus lourds.
  • Culturelles : «Pour nous, sport veut dire course à pied» a déclaré Addis Abeba, champion olympique à Sydney. (cité par F. Sacco et G. Grémon). Les futurs sportifs professionnels des pays comme le Kenya s’orientent vers la course à pied, seul sport susceptible de les porter sur la scène internationale. Il ne s’agit pas ici de parler des origines traditionnelles des athlètes, mais plutôt de contextes récents : la présence de grand champions mondialement reconnus crée un appel d’air pour les générations suivantes.

La lecture de ces deux articles vous éclairera sans doute davantage que mes quelques propos maladroits. Ils sont en accès libre, vous n’avez pas d’excuses !

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