>Question 13 : Une femme qui allaite peut-elle boire de l’alcool ?

>L’allaitement est important, voire très important pour la santé d’un nourrisson. Moins de gastro, un meilleur développement, etc… On ne compte plus les études montrant les intérêts du lait maternel.

 Mais l’adhésion à cette pratique est encore très partielle en France, et malgré les recommandations de l’OMS et de l’UNICEF de poursuivre un allaitement exclusif pendant 6 mois pour « une durée totale de l’allaitement de 2 ans ou plus », les statistiques nationales montrent que 1/3 des femmes n’allaitent pas du tout leurs enfants, et la durée moyenne estimée  est de moins de 3 mois.
Pourquoi un tel écart, alors que nous parlons de la santé de nos enfants ? La réponse, me semble-t-il, se trouve dans la multitude de contrainte que l’on impose à la femme allaitante : 
On lui interdit des médicaments (certains antibiotiques, corticoïdes, « pillules du lendemain », substitutif d’hormones thyroïdiennes, …)*
On lui interdit le café, l’alcool, le chou (ça donne « mauvais goût » au lait !!), …
Elle peut « tirer » son lait à son travail, mais il lui faut un frigo portable pour le stocker, etc…


Quelques références avant de commencer …

Avant de m’étendre sur l’alcool, je vous donne deux sites internet incontournables : 
La leache league est une association internationale de promotion de l’allaitement, qui propose, en plus de permanence téléphonique, des dossiers thématiques très très bien documentés.
Le CRAT est un service de l’hopital Trousseau à Paris, qui, principe actif par principe actif, expose les risques ou l’innocuité des médi(caments pour la grossesse et l’allaitement. Le CRAT propose aussi une permanence téléphonique destinée uniquement aux professionnels de santé (en cas de doute du pharmacien ou du medecin: faites-le appeler !). L’énorme avantage du CRAT réside dans le fait qu’il ne s’arrête pas à la notice du médicament ou au VIDAL, (souvent là pour protéger la société pharmaceutique de tout soucis…) et que son sérieux ne peut en aucun cas être remis en cause.
Boire ou ne pas boire un verre…
Revenons maintenant à l’alcool et l’allaitement, et faisons un petit exercice de dilution (niveau collège-seconde). Une femme d’environ 60 kg boit 2 verres d’alcool à jeun, et fait donc au bout d’une heure, monter son taux à 0,5 g/L, la limite légale. L’alcool passe dans le lait, sans pour autant y être concentré davantage, et on obtient un lait contenant donc 0,5 g/L d’alcool. Supposons alors que le bébé de 5kg tète exactement à ce moment 150 mL. Il récupère donc 0,03 gramme d’alcool pur. 
Regardons ce qui se passe avec un classique sirop contre la toux, à 2 % d’alcool. On lui donne 5 mL (une petite cuillière) : il récupère  0,1 g d’alcool pur ! 3 fois plus !
Le calcul du taux d’alcool dans le sang est plus compliqué : le métabolisme du nourrisson est plus lent, l’alcool va donc rester plus longtemps. Faisons tout de même le calcul avec des simples proportionnalités.
Il faut 2 verres, soit 20 g d’alcool pour atteindre 0.5 g/L pour une femme de 60 kg.
Il faut donc, pour le bébé de 5 kg, 1,7 g pour atteindre le même taux. Avec 0,03 g d’alcool, on arrive à un taux d’alcolémie de… 0,009 g/L.

Ces calculs, fait « avec les mains », sans doute incomplets, et partiellement inexacts montrent tout de même qu’on est très, très loin de toute forme de commencement de taux l’alcool préoccupant lors de l’allaitement. Une femme saoule, à 1 g/L dans le sang, ne causera chez son bébé aucune ivresse, puisqu’il atteindra au maximum 0,02g/L, soit 50 fois moins !

Ces résultats sont confortés par les études qui ont pu être menés, et qui sont cités en référence dans cet article de la leache league.
Mesdames qui allaitez, fini la culpabilisation, un petit coup, ça ne fera pas du mal à votre enfant ! Et comme on dit, la bière favorise la montée de lait !


* Entendu de la bouche de médecins et pharmaciens

About Mr Pourquoi

Ce blog est né il y a quelques années du désir de parler des sciences, de toutes les sciences, depuis les plus insignifiants phénomènes qu’on peut rencontrer dans la vie courante, jusqu’aux sujets de recherche les plus pointus, particulièrement en chimie, et pharmaceutique.

Je suis agrégé de chimie, docteur en chimie organique, et actuellement prof en lycée en France, et aussi, (et surtout ! ) un père heureux d’une famille (très) nombreuse.

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