Les plantes, et leurs poisons (9): Le colchique d’automne

Colchiques dans les prés, fleurissent, fleurissent, Colchiques dans les prés, c’est la fin de l’été…

Colchique d'automne (Wikipédia)

Colchique d’automne (Wikipédia)

Une belle petite fleur qui apparaît ces jours-ci dans nos campagnes… Et qui contient un poison assez sympa…La colchicine.

588px-Colchicine_structure

Cette molécule est un inhibiteur de la polymérisation de la tubuline, et à ce titre, est un poison notoire (la DL50 chez la souris est d’environ 6mg/kg par voie orale). A ce titre, elle est aussi très utilisée en médecine, et est une source d’inspiration pour la recherche de nouveaux anti-cancéreux.

Mais n’allons pas trop vite. La tubuline, ou plutôt les deux tubulines α et β sont des protéines qui vont polymériser pour former les microtubules. Ah, vous êtes bien avancés maintenant que je vous ai dit ça ! Bon, les microtubules sont les autoroutes des cellules, sur lesquelles vont se déplacer des kinésines qui vont transporter des vésicules d’un bout à l’autre de la cellule. On le voit très bien sur cette vidéo in vivo, assez remarquable :

Et, pour une assez amusante vue d’artiste de ce transport, vous pouvez aussi regarder celle-là :

Et au delà de ce « simple » transport de vésicules, ce sont les microtubules qui forment le fameux fuseau mitotique, nécessaire au transport des chromosomes lors de la mitose, c’est à dire de la division cellulaire :

Le fuseau mitotique apparaît dans cette vidéo en blanc, prend en charge les chromosomes, et provoque leur migration le long de ces filaments de microtubules jusqu’aux deux centromères, à proximité desquels les noyaux des deux cellules filles vont se reformer.

L’inhibition de la formation de ces microtubules est extrêmement toxique pour la cellule : elle ne peut plus se diviser, et le transport des vésicules n’est plus guidé dans le cytoplasme.. La stabilisation de ces macro-molécules peut aussi être fatale : en fait, ce polymère des tubulines « se fait » et « se défait » en permanence, et le blocage de l’un ou l’autre de ces processus empêche les microtubules d’être opérationnelles.

Ainsi, on a identifié plusieurs composés qui interagissent avec les tubulines pour stabiliser, ou déstabiliser le polymère. On avait déjà parlé ici du taxol, qui est un stabilisateur des microtubules. Il y a maintenant la vincristine, et ainsi la colchicine, qui bloquent la polymérisation, en s’insérant entre les tubulines α et β :

Les boules roses sont les atomes de la colchicine. De part et d'autres, les tubulines a et b (source : wikipédia)

Les boules roses sont les atomes de la colchicine. De part et d’autre, les tubulines alpha et beta  (source : wikipédia)

Si la vincristine, et le taxol sont utilisés en chimiothérapie contre divers cancers, la colchicine a des indications bien plus larges. Sa déstabilisation des microtubules ayant des conséquences sur la mobilité cellulaire, elle inhibe l’activité des neutrophiles, et ainsi a des propriétés anti-inflammatoires.

Disons que dans la nature, il y a des poisons plus ou moins utile. La colchicine fait partie de ceux dont la médecine n’aimerait pas avoir à se passer.

 

About Mr Pourquoi

Ce blog est né il y a quelques années du désir de parler des sciences, de toutes les sciences, depuis les plus insignifiants phénomènes qu’on peut rencontrer dans la vie courante, jusqu’aux sujets de recherche les plus pointus, particulièrement en chimie, et pharmaceutique. Je suis agrégé de chimie, docteur en chimie organique, et actuellement prof en lycée en France, et aussi, (et surtout ! ) un père heureux d’une famille (très) nombreuse.
This entry was posted in chimie, Non classé and tagged , , , . Bookmark the permalink.

One Response to Les plantes, et leurs poisons (9): Le colchique d’automne

  1. Pingback: Les plantes, et leurs poisons (9): Le colchique...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *