La prise en charge de l’hyperactivité par la ritaline

La Ritaline, c’est le nom commercial de la méthylphénidate (à gauche ci-dessous), une substance psycho-active de la famille des amphétamines (à droite ci-dessous), et qui est prescrite pour « soigner » l’hyperactivité chez l’enfant de plus de six ans.

Ritaline

Ritaline

Methamphetamine

Methamphetamine

 

 

 

 

 

 

Tout récemment, un article paru sur le site de BFMTV a ému : la Ritaline est appelée « Drogue des enfants », et le médecin généraliste D Dupagne la critique clairement. Kiara, dans son billet de la semaine dernière sur Les Vendredis Intellos relaie cette publication avec beaucoup de justesse. Je suis allé voir du côté des recommandations de la Haute Autorité de la Santé, pour y voir un peu plus clair… Celles-ci sont disponibles ici (avec les précieuses et intéressantes annexes), et sont récentes, puisqu’elles datent d’octobre 2012. Mais tout d’abord, un rappel, et de taille. Il y a une grosse disparité sur la façon dont ce médicament est prescrit. On estime à 10 % la proportion des jeunes garçons sous ritaline en 1996. En France, c’est beaucoup beaucoup plus faible. La raison est simple : il faut une Prise en charge Initiale Hospitalière (PIH) par un pédopsychiatre hospitalier pour l’ordonnance, renouvelée ensuite par n’importe quel médecin généraliste. Et cette PIH doit être renouvelée chaque année. Evidemment, cela limite très fortement les prescriptions. Donc, ce médicament est prescrit dans les cas de TDAH : Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité. Pour y voir plus clair, on peut regarder l’article de Wikipédia en plus du rapport de la HAS. Soyons concis, relevons les points clés :

  • Le Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité N’EST PAS un trouble du comportement, même pour le DSM-IV, qui est pourtant souvent accusé à juste titre de déclarer « maladie psychiatrique » tout et n’importe quoi. Il est néanmoins un facteur de risque majeur pour de réels troubles, comme par exemple les « troubles de la conduite« 
  • Le « diagnostic » du TDAH repose sur plusieurs « symptômes », ou plutôt sur plusieurs observations, de la part des proches, et de la communauté éducative : inattention, impulsivité, hyperactivité.
  • D’après l’OMS, c’est un « trouble caractérisé par un début précoce (habituellement au cours des cinq premières années de la vie), un manque de persévérance dans les activités qui exigent une participation cognitive et une tendance à passer d’une activité à l’autre sans en finir aucune, associés à une activité globale désorganisée, incoordonnée et excessive.

Passons au traitement médicamenteux, et à l’avis de la HAS. La ritaline est un médicament, avec des effets secondaires. Classé comme stupéfiant, il peut causer en particulier des problèmes cardiaques, prurit, urticaire, nausées, somnolence, vertiges pour ne citer que les plus fréquents. (source) Compte tenu de ces effets indésirables, la HAS conclut son avis :

« Le rapport efficacité/effets indésirables de ces spécialités est moyen

 (…) En conséquence, en l’état actuel des connaissances, les spécialités à base de méthylphénidate présentent un intérêt de santé publique dans cette indication. Cet intérêt est faible.« 

L’intérêt est faible, mais il existe :

« La Commission de la transparence considère que :
Le service médical rendu par RITALINE et RITALINE LP reste important dans le cadre d’une prise en charge thérapeutique globale du TDAH chez l’enfant de 6 ans et plus lorsqu’une prise en charge psychologique, éducative et sociale seule s’avère insuffisante. »

La commission de transparence s’inquiète des risques à long terme, qui sont mal connus encore (conséquences cardiaques, psychiatriques et neurologiques).

On peut aller un peu plus loin dans l’étude de l’intérêt de ce médicament en lisant l’annexe de ce rapport, et certaines publications qui s’y rapportent. Une méta-analyse et une analyse randomisée ont été en particulier menées sur l’intérêt du médicament par rapport à une prise en charge sans médicament.

Les résultats de la première (Etude NICE en 2009, menée au Royaume-Uni) montre une supériorité du traitement médicamenteux (avec ou sans prise en charge psychosociale) par rapport à un placebo (sur 3 semaines et 3 mois). La prise en charge médicamenteuse seule est comparable avec une prise en charge combinée (ritaline + prise en charge psychosociale), mais les parents notent une plus grande efficacité de la prise en charge combinée en fin de traitement (entre 8 semaines et 2 ans).

Pour la seconde étude (Etude MTA aux USA), la prise médicamenteuse vs placebo a été étudiée sur des délais plus long :

  • Au bout de 14 mois, la prise de méthylphenidate (combinée ou seule) a été plus efficace que la prise du placebo.
  • Au bout de 24 mois, même conclusion
  • Au bout de 36 mois et au bout de 8 ans, aucune différence entre les différentes prises en charge n’a été observée.

Il apparaît clairement que la ritaline apporte un véritable soulagement, mais que cela ne persiste pas dans le temps. La HAS précise ainsi un peu plus loin :

« Il n’est ni nécessaire, ni souhaitable que la durée du traitement par méthylphénidate soit indéfinie. (…) Il est recommandé d’interrompre le traitement par méthylphénidate au moins une fois par an afin d’évaluer l’état de l’enfant (de préférence pendant les vacances scolaires). Une amélioration peut se maintenir à l’arrêt du traitement qu’il soit temporaire ou définitif. »

On comprend un peu mieux les raisons de cet « intérêt faible » de la Ritaline.

Une remarque, tout de même : la prévalence de ce trouble dépend énormément de la région du monde. Beaucoup plus important aux USA, en Europe du Nord par rapport à l’Europe du Sud par exemple. Certaines études le relient directement au marketing des industries pharmaceutiques qui commercialisent le méthylphénidate. Dans ce cadre, est-il possible de correctement transposer d’un pays à l’autre les résultats des analyses, réalisées en Europe du Nord (R.-U.) ou aux USA ? Et comment cela doit être prise en compte par les autorités sanitaires dans leur ajustement de leurs recommandations ?

L’autre question est comment, et quand prescrire ? A cela, la HAS affirme (citation plus haut) « lorsqu’une prise en charge psychologique, sociale et éducative seule s’avère insuffisante« . Pour mieux comprendre ce qui se fait, il faut aller prendre des infos par exemple sur le site tdah-france.fr : on y lit l’interview de M.-C. Mouren, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital Debré. Ce professeur de médecine souligne en particulier « que pour le moment, le diagnostic débouche sur une « adaptation thérapeutique plutôt univoque » (traitement médicamenteux) » : Lorsque le diagnostic de TDAH est posé, c’est le médicament en première intention, contrairement aux recommandations !

Enfin, je vous invite à lire, sur ce même site, les « critères diagnostics du DSM – IV » (en bas de cette page). Je les trouve assez effrayants, par leur banalité. Jugez plutôt pour cette première liste de critère (il en faut 6, présent de façon « inadaptée à l’âge de l’enfant », persistant plus de 6 mois, pour poser le diagnostic de TDAH) :

  • Souvent ne parvient pas à prêter attention aux détails ou fait des fautes d’étourderie dans les devoirs scolaires, le travail ou d’autres activités ;
  • A souvent du mal à soutenir son attention au travail ou dans les jeux ;
  • Semble souvent ne pas écouter quand on lui parle personnellement ;
  • Souvent, ne se conforme pas aux consignes et ne parvient pas à mener à terme ses devoirs scolaires, ses tâches domestiques ou ses obligations professionnelles (non dû à un comportement d’opposition ni à une incapacité à comprendre les consignes) ;
  • A souvent du mal à organiser ses travaux ou ses activités ;
  • Souvent évite, a en aversion, ou fait à contrecoeur les tâches qui nécessitent un effort mental soutenu (comme le travail scolaire ou les devoirs à la maison) ;
  • Perd souvent les objets nécessaires à son travail ou à ses activités (jouets, cahiers, crayons, livres, outils) ;
  • Souvent se laisse facilement distraire par des stimuli externes ;
  • A des oublis fréquents dans la vie quotidienne.

Je ne suis pas pédopsychiatre hospitalier. Mais avec des critères aussi… vagues et communs, qui dépendent du vécu de l’entourage de l’enfant, comment ne pas mettre en doute ce type de diagnostic ?

Je ne suis pas non plus parent d’un enfant hyperactif. Et je crois que certains présentent de très grandes difficultés, et que ce handicap est très dur à vivre pour toute la famille, et que l’enfant a besoin d’être aidé par des moyens variés, y compris médicamenteux. Mais je parle pour beaucoup d’enfants diagnostiqués TDAH, mis sous méthylphénidrate, par économie (de temps, de moyen, d’attention). 

Au cours de discussions enflammées avec Mme Déjantée, nous sommes néanmoins arriver à une conclusion, sous forme de question : Quand on donne de la Ritaline à un gamin, c’est pour quoi faire ? Est-ce pour le soigner, le faire se sentir mieux ? Est-ce pour soulager la famille ? Les éducateurs ? Et si c’est le cas, est-ce tolérable que cela soit l’enfant qui prenne un médoc pour soulager d’autres personnes ?

Et si, finalement, au lieu d’aider les enfants atteints de TDAH, le rôle de la ritaline, c’était de les rendre plus conformes aux attentes de la société, des parents, et des établissements scolaires ? Plutôt que dépenser des trésors d’énergie et de moyen humain pour prendre en compte ces enfants différents, pourquoi ne pas les endormir un peu ? (Pour avoir la paix…)

Sources :

 

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11 Responses to La prise en charge de l’hyperactivité par la ritaline

  1. Pingback: La Ritaline, ce qu’en dit la Haute Autorité de la Santé | Les Vendredis Intellos

  2. Dr. Goulu says:

    (bon, je me relance dans la re-rédaction du commentaire colossal, mais cette fois avec lazarus installé…)

    Il y a quelques années j’ai entendu un médecin dire à la radio que la Ritaline est un des rares « médicaments miracle » : effet important et immédiat, peu d’effets secondaires en comparaison, pas d’accoutumance, et bon marché en plus.

    Mon expérience de parent d’une fille diagnostiquée THDA à 6 ans et qui a pris ce médicament pendant 10 ans me permet de dire : c’est exactement ça.

    SA vie sans Ritaline, c’était des conflits permanents avec tout son entourage familial et scolaire. Plus d’ ami(e)s, plus d’invitations aux anniversaires, des pleurs quotidiens allant jusqu’à des idées de suicide. A six ans…

    On parle souvent de la Ritaline comme soi-disant médicament de confort pour les parents, mais pas assez de la souffrance psychique de l’enfant qui fond en larmes après chaque dispute dont il est parfaitement conscient qu’elle est du à une perte de contrôle ingérable. Ni des violences physiques sur l’enfant qui, hélas, arrivent inévitablement lorsque les parents sont excédés et démunis. Personnellement, je suis convaincu que la Ritaline épargne des drames familiaux, voire des vies.

    Donc voilà, chers M. Pourquoi et Mme Déjantée LA bonne raison de (faire) prescrire de la Ritaline à un enfant diagnostiqué THDA : éviter ces souffrances et lui permettre de vivre une enfance heureuse. Et si ça sauve votre vie sociale à vous, voire votre couple en plus, tant mieux, mais là n’est pas l’important.

    La raison pour laquelle les effets de la Ritaline sont contestés par certains est simple : le médicament est inefficace, voire contre productif si l’enfant n’est pas THDA car ce syndrome a une cause (ou du moins un gros aspect) neurobiologique : un manque de dopamine. Ceci n’est pas admis par tous, mais le fait est que le Méthylphénidate qui stimule production de dopamine a un effet « calmant » et immédiat sur des enfants comme ma fille, et pas sur d’autres, ou devient même un dopant (utilisé par certains sportifs d’ailleurs).

    D’où l’importance d’un bon diagnostic du THDA, car la psychothérapie n’a pas de sens pour un THDA (sauf pour les psychothérapeutes qui vous factureront des centaines de séances) alors que la Ritaline ne fonctionnera pas sur un enfant « juste un peu excité ».

    Nous avons eu la chance de nous adresser à une spécialiste qui a fait passer des tests complets à notre fille pendant une demi-journée avant de nous expliquer en 1h tout ce qui précède, et bien d’autres choses dont quelques trucs éducatifs simples et efficaces.

    Mais l’effet de la Ritaline a été incroyable. Du jour au lendemain, notre fille a été capable de gérer ses sautes d’humeur et de faire quelque chose pendant plus de 5 minutes consécutives, tout en n’enlevant rien à sa vitalité et vivacité d’esprit. Elle s’en est aperçue elle-même et s’est pratiquement auto dosée toute seule pendant 10 ans, prenant parfois un comprimé parfois un demi, ou pas du tout selon comme elle se sentait.

    Et comme elle nous avait dit que ça arrive fréquemment, le problème a quasi disparu à l’adolescence pour notre fille, qui est aujourd’hui une jeune heureuse, épanouie et à la vie sociale très développée. Accessoirement, elle sait aussi que les THDA non diagnostiqués ou qui ne prennent plus de Ritaline sont attirés par les drogues pour palier leur déficit de dopamine…

    Merci à Florence, l’instit qui nous a très diplomatiquement encouragé à consulter après avoir pris une pantoufle dans la tronche, à Carla pour ses précieux conseils, et Rita, épouse du chimiste Leandro Panizzon qui a découvert le Méthylphénidate, molécule miracle.

    (bon reportage sur la TSR : http://www.rts.ch/emissions/temps-present/sante/2904010-ritaline-enquete-sur-une-pilule-miracle.html )

  3. Dr. Goulu says:

    (bon, il est parti mon premier commentaire ? je ne vois pas de message comme quoi il sera modéré… bon, test de lazarus et re-essai, efface si c’est un doublon …)

    Il y a quelques années j’ai entendu un médecin dire à la radio que la Ritaline est un des rares « médicaments miracle » : effet important et immédiat, peu d’effets secondaires en comparaison, pas d’accoutumance, et bon marché en plus.

    Mon expérience de parent d’une fille diagnostiquée THDA à 6 ans et qui a pris ce médicament pendant 10 ans me permet de dire : c’est exactement ça.

    SA vie sans Ritaline, c’était des conflits permanents avec tout son entourage familial et scolaire. Plus d’ ami(e)s, plus d’invitations aux anniversaires, des pleurs quotidiens allant jusqu’à des idées de suicide. A six ans…

    On parle souvent de la Ritaline comme soi-disant médicament de confort pour les parents, mais pas assez de la souffrance psychique de l’enfant qui fond en larmes après chaque dispute dont il est parfaitement conscient qu’elle est du à une perte de contrôle ingérable. Ni des violences physiques sur l’enfant qui, hélas, arrivent inévitablement lorsque les parents sont excédés et démunis. Personnellement, je suis convaincu que la Ritaline épargne des drames familiaux, voire des vies.

    Donc voilà, chers M. Pourquoi et Mme Déjantée LA bonne raison de (faire) prescrire de la Ritaline à un enfant diagnostiqué THDA : éviter ces souffrances et lui permettre de vivre une enfance heureuse. Et si ça sauve votre vie sociale à vous, voire votre couple en plus, tant mieux, mais là n’est pas l’important.

    La raison pour laquelle les effets de la Ritaline sont contestés par certains est simple : le médicament est inefficace, voire contre productif si l’enfant n’est pas THDA car ce syndrome a une cause (ou du moins un gros aspect) neurobiologique : un manque de dopamine. Ceci n’est pas admis par tous, mais le fait est que le Méthylphénidate qui stimule production de dopamine a un effet « calmant » et immédiat sur des enfants comme ma fille, et pas sur d’autres, ou devient même un dopant (utilisé par certains sportifs d’ailleurs).

    D’où l’importance d’un bon diagnostic du THDA, car la psychothérapie n’a pas de sens pour un THDA (sauf pour les psychothérapeutes qui vous factureront des centaines de séances) alors que la Ritaline ne fonctionnera pas sur un enfant « juste un peu excité ».

    Nous avons eu la chance de nous adresser à une spécialiste qui a fait passer des tests complets à notre fille pendant une demi-journée avant de nous expliquer en 1h tout ce qui précède, et bien d’autres choses dont quelques trucs éducatifs simples et efficaces.

    Mais l’effet de la Ritaline a été incroyable. Du jour au lendemain, notre fille a été capable de gérer ses sautes d’humeur et de faire quelque chose pendant plus de 5 minutes consécutives, tout en n’enlevant rien à sa vitalité et vivacité d’esprit. Elle s’en est aperçue elle-même et s’est pratiquement auto dosée toute seule pendant 10 ans, prenant parfois un comprimé parfois un demi, ou pas du tout selon comme elle se sentait.

    Et comme elle nous avait dit que ça arrive fréquemment, le problème a quasi disparu à l’adolescence pour notre fille, qui est aujourd’hui une jeune heureuse, épanouie et à la vie sociale très développée. Accessoirement, elle sait aussi que les THDA non diagnostiqués ou qui ne prennent plus de Ritaline sont attirés par les drogues pour palier leur déficit de dopamine…

    Merci à Florence, l’instit qui nous a très diplomatiquement encouragé à consulter après avoir pris une pantoufle dans la tronche, à Carla pour ses précieux conseils, et Rita, épouse du chimiste Leandro Panizzon qui a découvert le Méthylphénidate, molécule miracle.

    (bon reportage sur la TSR : http://www.rts.ch/emissions/temps-present/sante/2904010-ritaline-enquete-sur-une-pilule-miracle.html )

    • Mr Pourquoi says:

      Je crois que tu touches effectivement à un des points centraux : le dépistage du TDAH. Si on donne un médicament à un grand groupe qui contient beaucoup de personnes non atteintes du trouble, il aura un bénéfice / risque faible. Si tu diagnostiques beaucoup plus finement, tu le donneras beaucoup moins, avec un bénéfice / risque beaucoup plus avantageux.

      On parle souvent de la Ritaline comme soi-disant médicament de confort pour les parents, mais pas assez de la souffrance psychique de l’enfant qui fond en larmes après chaque dispute dont il est parfaitement conscient qu’elle est du à une perte de contrôle ingérable. Ni des violences physiques sur l’enfant qui, hélas, arrivent inévitablement lorsque les parents sont excédés et démunis. Personnellement, je suis convaincu que la Ritaline épargne des drames familiaux, voire des vies.

      Oui, je vois tout à fait ce que tu veux dire. Ce qui est difficile, c’est de mettre une limite : quand est-il acceptable de faire prendre un médicament à un gamin, plutôt que de faire en sorte que son entourage (au sens large du terme) s’adapte à ses spécificités ? L’exemple de ta fille est édifiant : ce médicament l’a soulagé, ce que n’avait pas réussi à faire le reste. C’est indéniable. Mais est-ce la même chose pour tous ? Je reste toujours dans l’idée que cela doit servir de dernier recours, et avec une identification fine des troubles de l’enfant. Ce que ne font pas forcément les pédopsy, hospitaliers ou libéraux.

      Merci pour ton témoignage !
      [Et encore une fois, ton message est parti dans les spams… Si j’avais pas eu la notification de http://www.lesvendredisintellos.com, je l’aurais peut-être raté ! [Et n’hésite pas à participer à ce dernier blog collectif !! ]

      • kidiscience says:

        (mon commentaire initial est à double ci-dessus, tu peux virer le premier…)

        Le problème de la limite existe, mais ce n’est pas le tien 🙂 Je ne viens pas te dire si tu as assez mal à la tête pour prendre une Aspirine (autre médicament miracle), pourquoi faudrait-il que la société dise si mon enfant est assez hyperactif pour prendre de la Ritaline ou pas ?

        Si c’était un calmant ou une drogue addictive avec des effets dangereux, ou même simplement chère je comprendrais, mais ce n’est rien de tout ça. La Ritaline est un dopant pour les sportifs et une drogue excitante pour les non THDA, et dans ce contexte, et parce qu’elle agit sur le cerveau, je comprends et accepte que sa prescription soit contrôlée. Mais les parents n’ont pas plus d’intérêt à faire prendre de la Ritaline à un enfant qui n’en a pas besoin que toi à prendre une Aspirine si tu n’as pas mal à la tête.

        Alors où est le problème ? En passant, le pourcentage d’enfants prenant le médicament ne me parait pas un bon indicateur tant les doses varies selon les cas et dans le temps. Me fille prenait entre 5 et 20mg par jour, mais je connais 2 enfants qui doivent en prendre 100 mg par jour pour être dans l’état où ma fille était en ne prenant rien …

        Je viens d’ailleurs de trouver ce document http://www.iumsp.ch/Publications/pdf/rds107_fr.pdf avec plein de stats intéressante, dont une qui dit que la consommation moyenne est de 4.6 mg/jour alors qu’une grande partie des prescriptions est de 20 mg/jour. Ca montre clairement que les parents ne donnent pas la dose prescrite, mais que les enfants prennent la dose qui leur est utile.

        Cela dit il y a effectivement eu un changement : il y a ~10 ans, on parlait plus d’hyperactivité que de déficit de l’attention, et probablement que beaucoup de parents n’entamaient pas de diagnostic s’il n’y avait « que » des difficultés de concentration scolaires.

        L’entourage de ces enfants s’est adapté à leur spécificité, comme tu dis, en les laissant rêver au fond de la classe et en incriminant leur manque de concentration à la génération zapping et aux jeux video.

        Et parfois quand ils sont adultes ils s’aperçoivent aujourd’hui qu’avec 1/2 pastille par jour ils peuvent rattraper leur retard scolaire en 1 an et apprendre un bon métier 3x plus vite que les autres (exemple dans le reportage RTS linké plus haut).

        Nous nous sommes adaptés à la spécificité de notre fille en lui disant parfois « tu n’aurais pas oublié ta Ritaline par hasard ? ». la réponse était invariablement « Non, ça n’a rien à voir ». Mais souvent 15 minutes après on pouvait rétablir le dialogue, passer une soirée sympa en famille, et une pastille avait mystérieusement disparu 😉

  4. Dr. Goulu says:

    pfff… vla que j’étais loggué comme kidiscience …

  5. Nof says:

    Mr Pourquoi votre exposé est brillant de clarté et de neutralité, je tiens à vous en féliciter. Et j’adore votre conclusion en forme de question qui résume bien toute la situation. Pour ma part j’ai également apprécié cet autre intervenant le Dr Grosswald qui évoque comme cause de son agitation une possible incapacité de l’enfant à gérer son stress. Ce qui changerait la perspective et permettrait d’en traiter la cause et non pas les seuls symptômes.

  6. Mars says:

    Bonjour,

    Je presque cite : «Quand on donne de la Ritaline à un enfant, c’est pour quoi faire ? Pour le soigner, le faire se sentir mieux ?  »

    Je réponds :
    1- Le TDAH n’est pas une maladie. On n’en guérit pas. C’est une disposition neurologique différente de la majorité des cerveaux. Au mieux, on apprend à vivre avec et on exploite ses capacités, si, l’environnement (scolaire, familiale, sociale, professionnel) le permet. C’est donc le second postulat qui prévaut.

    2- L’enfant non pris en charge, (traitement médicamenteux et/ou psychologique) et évoluant dans un milieu inadapté souffre, et devient un adulte qui souffre. Sentiment de ne pas être compris, dégradation extrême de l’estime de soi, comportements à risques pour lui, et parfois pour les autres, burn out, dépression, etc…

    3- Aujourd’hui la société ne laisse pas de place à ces cerveaux. Dès le plus jeune âges, à l’école, ces enfants sont stigmatisés, de par leur comportements incontrôlables. Surtout en France : notations et classements, professionnelle de l’éducation qui ne sont pas formé au méthodes de communications qui remotive en valorisant le bien plutôt qu’en s’attardant sur le mal.
    Et pourtant, nombre de ses enfants ont des capacités intellectuelles énormes. Mais, leur réflexion, leurs raisonnements, à l’image de ce qu’ils sont, différents, sont rejetés car ne répondant pas au standard en vigueur. Et il est pourtant possible de vivre bien avec ce type de cerveau et s’épanouir.
    Nombre de ses enfants, en plus de capacités intellectuelles élevées ont de grands talents artistiques. Mais être artiste n’est pas sérieux de nos jours. Et pourtant …

    4- Une erreur s’est glissée dans votre article. La représentation que vous affichez comme de l’amphétamine est celle de la metamphétamine, elle même un dérivé de l’amphétamine, ou une amphétamine modifiée, au même titre que le methylphénidate.
    Voici l’explication succincte de la modification (Wikipedia)
    «Les « amphétamines » (au pluriel) sont un groupe de molécules apparentées à l’amphétamine de structure phényléthylamine. On peut distinguer trois grands types de dérivés amphétaminiques selon leur effet principal, psychostimulant, hallucinogène ou anorexigène. En modifiant plus ou moins la molécule de phényléthylamine, il a été possible d’obtenir des produits dont l’un des effets (stimulant, hallucinogène ou anorexigène) est renforcé au détriment des autres. On a pu ainsi mettre au point des anorexigènes comme la fenfluramine qui ne présente pas d’effet psychostimulant ou des hallucinogènes puissants comme le STP.»
    Il est clair que le MTP a vu sa structure modifié pour renforcer la part psycho-stimulante et non les deux autres.

    5- Lorsque vous relativiser le fait d’avoir six des symptômes définissant le trouble puisque chacun peut s’y reconnaître. Lorsqu’il est écrit « souvent », traduisez par « tout le temps » ou au moins 23:55 sur une journée. Car même la nuit, le cerveau d’un TDAH tourne à fond, dégradant le sommeil ajoutant encore à la difficulté de se concentrer. En fait, le plus souvent, ces symptômes, dans leur aspects excessifs, sont les traits caractéristiques qui définissent l’individu en question.
    Tout le monde connait des sautes d’humeurs. Tout le monde n’est pas bipolaire.

    5- Je suis un adulte de 41 ans diagnostiqué TDAH à 39 ans. Je n’ai pas d’enfants. Mes propos sont donc inspirés de mon expérience.
    J’ai beaucoup souffert, et je continue encore, malgré le diag et le traitement.
    Ma vie a changé depuis ce traitement. Bien sûr, il n’est pas suffisant. En 40 ans, des comportements inadaptés à la vie en société se sont ancrés profondément, ainsi que des co-morbidités envahissantes.
    Sans cette seule molécule, j’en prendrai aujourd’hui deux ou trois autres, sous formes d’antidépresseurs ou de neuroleptiques ou d’anxiolytiques. Peut être les trois. Je commence, à 40 ans à comprendre pourquoi je suis comme je suis, et cette désagréable sensation de ne pouvoir pas contrôler, d’être programmé par un cerveau dont, la construction à subi une « défaillance ».
    Et pourtant je veux l’aimer mon cerveau. Et j’y travaille, avec l’objectif de cesser la médicamentation et devenir ce que je dois être.

    J’aimerai que ma note éclaire un peu plus. Sans aucune prétention. Il est très difficile, pour un « normal » (entre nous, nous utilisons le terme de Moldu, pour définir les normaux) de comprendre le fonctionnement d’un TDA.
    Une belle illustration permet de rendre compte du fossé, et aussi de la complémentarité des deux mondes. J’avais lu que l’on pouvais comparer le cerveau du TDA avec le cerveau des premiers hommes chasseurs-cueilleurs : pas de projection, d’anticipation, au delà du changement de saison. Il a besoin de fortes impulsivités pour chasser le gibier. Il suit le court des événements, s’adapte à son milieux. Il est dans l’instant … de son instinct. Souvent dans la réactivité.
    Le Moldu lui est plus proche de « l’homme moderne » (selon la définition moldue d’homme moderne), transformant son environnement, l’adaptant à ses besoins. Il est l’agriculteur-éleveur, qui anticipe d’une année sur l’autre, parfois encore plus loin (pour un bon vin, c’est indispensable).
    Peut être que cela peut expliquer aussi pourquoi ce trouble est plus répandu dans nos contrées occidentales ?
    Quand on y réfléchit… qu’elle horreur… ce trouble, généré par une société qui rejette sa nature. Alors que dans d’autres endroits de la planète, il y a moins de TDA, car moins de distance avec la nature, entre les êtres. Avec la mondialisation, tout cela ne mettra pas longtemps à se rééquilibrer en faveur de l’industrie pharmaceutique. C’est bien nous, nous tous, citoyens, qui le décidons.

    Mars

  7. ESFANDI says:

    Pour une (rare) fois que je trouve un article sur ce blog un peu contestable et porté par des craintes et une forme d’idéologie (légitimes et bienveillantes, dois-je tout de même préciser), les commentaires qui le suivent suffisent à corriger le tir… Si l’auteur défaille (un peu), les lecteurs le rattrapent ! Bravo et longue vie à ce blog…
    Un psychiatre français

    • Mr Pourquoi says:

      Bonjour,
      J’aimerais beaucoup que vous précisiez les « craintes et [la] forme d’idéologie » dont vous parlez, afin que nous puissions en discuter. En tant que psychiatre, votre point de vue sera forcément plus global que la mienne, ou que celui du Dr Goulu par exemple : nous ne pouvons avoir votre recul…
      Mr Pourquoi

      • ESFANDI says:

        Bonjour à vous, les « craintes » que je ressens (et sont légitimes) paraissent être que nous développions la volonté d’un nivellement des comportements et d’une normalisation excessive des individualités… Ce qui pourrait aboutir à une psychiatrisation, en effet, des troubles du comportement (chez l’enfant en particulier…) Le D.S.M V ne va pas forcément arranger ce risque…Comme pour tout diagnostic psychiatrique, les cliniciens doivent surtout prendre en compte l’impact des manifestations sur la vie du sujet (on parle « de répercussions cliniquement significatives »).
        En ce qui concerne, le TDA/H(ADHD), il faut bien concevoir que l’enfant est la plupart du temps en échec de socialisation, dans les apprentissages… Son maintien en scolarité normale est souvent remise en question (avec orientation dans des instituts dits « spécialisés » où il va recevoir le plus souvent des soins impropres, séquelles d’une psychanalyse qui reste encore majoritaire dans la pédopsychiatrie française. Par ailleurs, outre les risques que l’enfant prend par ses comportements impulsifs incontrôlés, c’est souvent le lien affectif avec des parents (dépassés et en souffrance) qui peut être mis en danger … de là, des répercussions dramatiques peuvent être à craindre. Cela pour vous dire que les cliniciens aguerris au diagnostic, ont peu de chance de considérer un trouble du caractère, un trouble éducatif voire même des troubles anxieux ou thymiques comme un déficit attentionnel (avec ou sans hyperactivité) qui nécessiterait une médication par psychostimulants (dont la primoprescription est hospitalière, qui plus est !). Il en est de même pour le scénario des parents qui voudraient juste un peu plus de tranqulilité et échapper aux difficultés de l’éducation…
        L’accès aux réseaux spécialisés sont en France saturés et le scandale réside plutôt dans le fait que le plus grand nombre des pédopsychiatres français ignorent ou contestent l’intérêt que peut constituer la Ritaline chez certains enfants. Des trajectoires de vie pourraient pourtant s’en trouver modifiées. Soyez surtout assurés que ces mêmes pédopsychiatres n’ont pas attendu les psychostimulants pour « médiquer » les enfants qui présentaient « des troubles du comportement ». Il est fréquent (je l’ai confirmé durant mes études) d’observer la prescription de neuroleptiques sédatifs chez ces enfants (souvent qualifiés, d’ailleurs à tort, de « psychotiques » grâce aux concepts analytiques moyenâgeux…) Le plus bel exemple réside dans l’AMM récent délivré à un antipsychotique (Risperidone) pour l’enfant (normalement TED) dans un cadre très précis, mais délivrés très largement depuis quelques années (malgré le risque de prise de poids, ralentissement cognitif, répercussions métaboliques, syndrome extrapyramidal etc…) L’avis récent des revues scientifiques (Evidence Based Mental Health 2013) remet pourtant clairement en question l’intérêt de cette molécule dans cette indication…
        Quand j’emploi le terme « d’idéologie » en revanche, je pense qu’il est impropre à votre blog et votre article, et je m’en excuse. Il est pourtant imputable à beaucoup de détracteurs de l’option thérapeutique des psychostimulants chez les enfants pouvant en tirer un bénéfice compte tenu de l’intensité de leur trouble. Il est souvent rapidement possible d’évaluer l’effet: l’aggravation des troubles, l’absence d’effet ou bien une amélioration parfois spectaculaire, comme décrite dans des commentaires ci-dessus. Les idéologies parlent également de « drogue » (au sens toxicomaniaque du terme) délivrée aux enfants. En tant qu’addictologue, je peux vous assurer que les études actuelles ont conclue à l’absence de preuve en faveur d’un risque augmenté de dépendances chez les sujets traités.
        Ceci étant dit, soyons tous conscients que les propos que je tiens aujourd’hui ne valent « qu’en l’état actuel de nos connaissances » et qu’il est évident que l’intérêt commercial que constitue le méthylphénidate pour l’industrie pharmaceutique nous oblige à redoubler de vigilance dans la mise à jour de ces mêmes connaissances dans les années à venir.
        Merci à vous
        DE

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