[Flash Info Chimie] #47 Les chaperones pharmacologiques : un nouvel outil thérapeutique pour maladie incurable

Certaines maladies sont liées à l’accumulation anormale de biomolécules (comme les protéines ou les lipides), qui s’agrègent dans les tissus, les empêchant de remplir leur fonction normale. C’est par exemple le cas de la maladie de Gaucher, où un sphingolipide, le glucocérébroside, s’accumule dans les tissus nerveux. C’est aussi le cas pour la cataracte, maladie qui touche 70 % des personnes de plus de 70 ans, qui se manifeste par l’opacification du cristallin, conduisant à la cécité. Cette opacification est liée à l’agrégation anormale des protéines qui constituent le cristallin. D’autres accumulations et agrégations de protéines (tout particulièrement de la protéine tau) sont aussi impliquées dans des maladies neurodégénératives…

Oeil humain touché par la cataracte. Le cristallin devient progressivement opaque, par agrégation des protéines -α-crystalline.

Oeil humain touché par la cataracte. Le cristallin devient progressivement opaque, par agrégation des protéines alpha -crystalline.(source : wikipédia)

Les chaperones pharmacologiques sont des molécules qui vont permettre d’agir sur ces biomolécules, pour restaurer leur solubilité dans les tissus. C’est-à-dire qu’au lieu de s’agréger, et former des résidus solides pathologiques, elles vont pouvoir rester sous forme dissoutes dans les fluides présents. Le principe de fonctionnement réside simplement en la liaison entre ces chaperones et la biomolécule, créant ainsi une nouvelle entité qui ne peut plus s’agréger aussi facilement…

Dans un article récent paru dans le journal Science, L. N. Makley de l’Université du Michigan et son équipe, font état d’une nouvelle méthodologie pour identifier des chaperones pharmacologiques permettant de re-solubiliser les biomolécules agrégées.

En effet, ils ont étudié les points de fusion « apparents »* des agrégats de la protéine α-crystalline, (responsables de l’apparition de la cataracte), avec, ou sans chaperone. Parmi les 2446 molécules candidates, 32 permettaient d’abaisser le point de fusion de 72 °C à moins de 70 °C. Une chaperone finale a été retenue, et testés sur des cristallins de souris touchés par la cataracte, et qui ont vu leur transparence partiellement restaurée.

la molécule chaperone ("compound 29") au coeur d'un modèle de la protéine ciblée. Cet assemblage a un point de fusion plus faible que la protéine seule.

la molécule chaperone (« compound 29 ») au coeur d’un modèle de la protéine ciblée. Cet assemblage a un point de fusion apparent plus faible que la protéine seule. (source)

Au delà des progrès médicaux que cela inaugure pour le traitement non chirurgical de la cataracte, cet article, qui traite davantage de la méthodologie de recherche de chaperone pharmacologique que de cette maladie particulière, apporte la preuve qu’il est possible de chercher rationnellement des composés pouvant agir directement sur les agrégats de biomolécules, et ainsi restaurer les fonctions des tissus des organes touchés.

* Il s’agit en réalité de la température de re-solubilisation des agrégats dans la solution étudiée.

« Pharmacological chaperone for α-crystallin partially restores transparency in cataract models » L.N. Makley et al. Science 2015, 350 (6261), 674-677.

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[Flash Info Chimie] #46 Les dispersants chimiques censés lutter contre les marées noires sont contreproductifs

Lors de la marée noire provoquée par la plateforme Deepwater Horizon, des millions de litres de « dispersants chimiques » ont été déversés au niveau des nappes de pétroles qui dérivaient dans l’océan Atlantique. Ces dispersants, composés d’un mélange d’émulsifiants et de solvants ont pour action de fractionner les nappes en micro-gouttelettes. Ces micro-gouttelettes peuvent se disperser plus aisément, se répartissent dans tout le volume d’eau au lieu de rester exclusivement en surface. Elles présentent également une plus grande surface de contact avec leur environnement, ce qui est censé accélérer le processus de biodégradation du pétrole.

Épandage du dispersant chimique "Corexit" (Wikipédia)

Épandage du dispersant chimique « Corexit » (Wikipédia)

En décembre 2015, une équipe de recherche a publié un article alarmant sur les conséquences de l’utilisation de dispersants dans le Golfe du Mexique suite à la marée noire de Deepwater Horizon.(1) D’après les recherches de Sara Kleinstienst, de l’université de Georgie et ses collègues, les dispersants utilisés sont même contre-productifs. En effet, ils ont constaté que la dégradation du pétrole par les micro-organismes, qui se traduit par l’oxydation des hydrocarbures qui le compose est considérablement ralentie par l’ajout des dispersants.

Comparant les populations des micro-organismes qui dégradent ces hydrocarbures, les scientifiques se sont rendus compte qu’elles augmentaient en présence de pétrole brut, mais au contraire diminuait lorsqu’on y ajoutait des dispersants chimiques. En fait, la présence de ces dispersants favorise les micro-organismes qui les dégradent EUX, au détriment des micro-organismes qui dégradent les hydrocarbures…

Ce n’est pas la première fois que les dispersants chimiques sont pointés du doigt. De nombreuses études ont mis en avant les doutes qui existent quant à son innocuité vis-à-vis des travailleurs qui les manipulent, vis-à-vis des organismes marins, etc… D’autre part, leur efficacité n’a pas toujours été à la hauteur des attentes des autorités, et des entreprises pétrolières. (2)*

Un certain nombres de pays européens, exposés au risque de marée noire, a fait des réserves stratégiques du même type de dispersants que celui utilisé pour Deepwater… En cas de catastrophe, ne faudra-t-il pas les laisser au hangar ?

*Il faudrait faire une étude exhaustive sur le sujet. Dans la notice Wikipédia, on peut lire qu’en 2010, une méta-analyse du fabriquant du dispersant montrait une relative faible toxicité. Mais en 2012, une nouvelle étude montrait elle une augmentation nette de la toxicité du pétrole lorsqu’il était en présence de dispersants, et en 2013, une autre étude montrait une élévation du taux de cancers chez les travailleurs qui manipulent ces produits. Encore en 2013, un article dans PLOS One décrivait les effets toxiques de dispersant chez les coraux…

(1) « Chemical dispersants can suppress the activity of natural oil-degrading microorganisms » S. Kleindienst et al. PNAS 2015, 112(48), 14900-14905

(2) Wikipédia : « Corexit » (nom du dispersant chimique utilisé) et « Oil Dispersant »

 

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Le responsable, c’est Dieu ?

Un an après la tuerie dans les locaux du journal Charlie Hebdo, qui avait choqué au-delà de nos frontières en tant qu’attentat contre la liberté de la presse et contre la liberté d’expression, l’hebdomadaire a proposé un dessin en Une qui représente « Dieu », désigné comme responsable de la tuerie.

Une de Charlie Hebdo, 6 janvier 2016

Une de Charlie Hebdo, 6 janvier 2016

Tout athée que je suis, ce dessin me semble soutenir l’idée de la culpabilité de la Foi, ce à quoi je m’oppose. Au-delà des considérations philosophiques et morales (c’est pratique, d’incriminer Dieu… Quid de la responsabilité des hommes, des sociétés ?), certains résultats scientifiques montreraient plutôt l’inverse.

Dans un article paru dans PNAS, J. Ginges, H. Sheikh, S. Atran et N. Argo détaillent les résultats de leurs recherches, qui montrent que pour un croyant, adopter la perspective de son Dieu permet d’évaluer la valeur de la vie d’une personne de façon plus indépendante de sa religion.(1)

 

« Serais-tu prêt(e) à perdre ta vie pour sauver cinq enfants d’un autre groupe religieux ? »

L’expérience a été réalisée en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, auprès de 555 jeunes palestiniens de confession musulmane. Dans le cadre d’une étude plus vaste sur leurs opinions politiques, ils étaient confrontés au dilemme suivant :

Un homme observe une route depuis une passerelle, et voit un camion, hors de contrôle, avec une personne endormi au volant. Si le camion n’est pas arrêté, il va tuer 5 enfants palestiniens / israéliens. Il réalise alors que le seul moyen pour sauver les enfants, et de sauter / pousser un palestinien sur la voie. Cela le tuera / tuera le palestinien, mais permettra de sauver les cinq enfants palestiniens / israéliens.

Les questions posées étaient :

  1. Que pensez-vous qu’il doive faire ?
    1. Sauter / pousser le palestinien pour sauver les enfants.
    2. Ne pas sauter / pousser le palestinien.
  2. Que pensez-vous que Dieu approuverait le plus ?
    1. Qu’il saute / pousse le palestinien
    2. Qu’il ne saute pas  / ne pousse pas le palestinien

Bien sur, il s’agissait tout particulièrement d’étudier l’influence de l’origine des enfants à sauver sur les réponses.

Dans le contexte de la grande violence du conflit israélo-palestinien, les auteurs supposent que si la foi est un facteur de rejet de l’autre, de hiérarchisation de la valeur de la vie entre croyant et non-croyant, l’influence de l’origine des enfants devrait se faire autant, ou plus sentir dans la question 2 que dans la question 1.

Dieu est plus égalitaire que l’humain

Les résultats sont assez clairs :

  • quand il s’agit de décider soi-même, les jeunes ont répondu de la même façon, que les enfants soient palestiniens ou israéliens, dans 55 % des cas. Dans 42 %, ils privilégient les enfants palestiniens.
  • Lorsqu’il leur est demandé d’adopter la perspective de leur Dieu, ils répondent sans discrimination dans 66 % des cas, et privilégient les enfants palestiniens dans 31 %.

La perspective de Dieu, dans ce cas, est plus égalitaire, moins discriminante que la propre opinion des jeunes interrogés. Dans le contexte religieux où Dieu fait figure de juge moral suprême, qui se retrouve dans évidemment la plupart des religions, ce résultat a tendance à montrer que la foi religieuse n’est pas à l’origine de la déconsidération des mécréants.

Les auteurs rappellent aussi dans cet article les résultats de deux autres études, qui tendent à aboutir à une idée similaire:

  • En 2009, dans une étude sur les attentats-suicides en Palestine, les mêmes auteurs avaient montré que le soutien à ce type d’acte extrême était corrélé à l’assiduité aux prières collectives, et non aux prières individuelles : c’est le groupe de croyant (et les responsables religieux ?), et non la foi elle-même, qui est mis en cause.(2)
  • En 2013, une étude de J.L. Preston et R.S. Ritter réalisée sur un panel d’étudiants américains, montrait que la parole des chefs religieux suscitait l’entraide entre membres de la communauté de croyant, alors que se référer à Dieu suscitait davantage l’aide et l’empathie avec les non-croyants.(3)

Différentes religions, différents comportements ?

Se mettre « à la place » de Dieu conduirait les croyants à plus de tolérance, d’empathie avec les non-croyants. « Il » est donc hors de cause dans les violences, les tueries, la haine de l’autre. Cette étude devra être évidemment complétée par d’autres, dans d’autres contextes que celui du conflit israélo-palestinien, avec d’autres protocoles d’évaluation du biais de la foi dans les décisions individuelles. Mais aussi, avec d’autres religions que l’Islam.

En effet, les études de 2009 et 2013 ont montré que les leaders religieux jouaient un rôle important, et plutôt négatif, dans la façon dont le non-croyant est perçu. Or le statut de ces leaders varient d’une religion à l’autre. Le prêtre catholique est par exemple le représentant du Christ parmi les fidèles, qui doivent s’en référer à lui (n’étant pas moi-même catholique, je suis tout à fait ouvert à des remarques et contradictions). Son rôle de guide spirituel ne laisse que peu de place au rapport direct entre le croyant et Dieu. A contrario, chez les musulmans sunnites, l’imam est élu par la communauté de croyant. Son rôle est de conduire les prières collectives grâce à son érudition, mais il n’a pas le statut sacré qu’a le prêtre catholique. Sa parole n’a pas le même poids (n’étant pas moi-même musulman, je suis tout à fait ouvert à des remarques et contradictions).(4)

De plus, Preston et Ritter estiment que le prosélytisme religieux peut être un des leviers qui expliquent l’aide apporté aux non-croyants. Il me semble qu’on devrait alors percevoir des différences de comportement pour les croyants juifs, dont le prosélytisme est quasi-nul, et pour les croyants chrétiens ou musulmans (n’étant pas moi-même juif, je suis tout à fait ouvert à des remarques et contradictions).

Cet ensemble de travaux, malgré leurs nombreuses limites, semble invalider la thèse du Dieu guerrier, meurtrier, responsable des massacres, et met en avant au contraire l’influence de la communauté des croyants et des leaders d’opinion (religieuse). Cela a, à mon humble avis, l’immense avantage de recentrer les questionnements vers les contextes sociaux, politiques, historiques à l’origine des violences*. Et cesser, enfin d’incriminer la foi elle-même.

 

(1) « Thinking from God’s perspecive decreases biased valuation of th e life of a nonbeliever » J. Ginges, H. Sheikh, S. Atran, N. Argo PNAS 2016, 113(2), 316-319
(2) J. Ginges, I. Hansen, A. Norenzayan, Psychol. Sci. 2009, 20(2), 224-230
(3) J.L. Preson, R.S. Ritter Pers Soc Psychol Bull 2013, 39(11), 1471-1483
(4) Voir les pages Wikipédia « Prêtre catholique » « Imam »

* N’en déplaise à tous ceux qui confondent explication globale d’un phénomène -qui fait appel à la sociologie, la géopolitique et l’histoire de façon évidente- et évènement ponctuel -les attentats-. C’est exactement la même chose que de confondre la météo -il fait chaud et sec aujourd’hui !- et la climatologie – le réchauffement climatique est d’environ 1°C sur 1 siècle –

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Le 7 février 2016, c’est Lyon Science 2016 !

Il faut croire que j’aime particulièrement les défis… Après ce blog, qui a maintenant 5 ans, des articles pour le journal La Recherche, et même pour Le Figaro (!) , me voilà en train de participer à l’organisation d’un grand évènement de médiation scientifique, « sobrement » intitulé Lyon Science 2016 !

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Cela fait 2 ans qu’avec des amis de l’association Café des Sciences, on se réunit dans la capitale des Gaules. Pour manger un bout de gras double, puis pour faire une petite après-midi où une dizaine d’entre nous avait fait des courtes interventions devant une trentaine d’amateurs. Cette année, on a vu plus grand. Vraiment plus grand.

Lyon Science 2016 sera une journée pleine, avec une vingtaine d’intervenants, des conférences, des tables rondes, des ateliers. Honnêtement, il s’agit bien sûr d’une excuse pour pouvoir, à nouveau, tous et toutes se retrouver, échanger, et s’amuser. Mais cette fois, on espère pouvoir se retrouver, échanger, et s’amuser avec un grand public ! Le 7 février, à partir de 10h, jusqu’au soir, on investira l’amphithéâtre Mérieux de l’ENS de Lyon (place de l’école, 69007 Lyon), son grand hall en accueillant jusqu’à 450 personnes.

L’idée qui trotte derrière notre tête pour cette journée, c’est d’entrevoir la variété de ce qui est fait actuellement en médiation et vulgarisation scientifique. Blogueurs, Youtubeurs, médiateurs institutionnels, journalistes scientifiques seront présents pour confronter leur manière de parler des sciences. Ils parleront de biologie, mathématiques, astronomie, physique, linguistique…de façon dynamique, amusante, dérangeante… Mais ils parleront aussi de la médiation scientifique elle-même, de son histoire, son évolution, ses nouvelles pratiques et de ses limites à dépasser encore.

Le programme, qui s’étoffe de jour en jour, est dévoilé sur en News la page Ulule de financement de l’événement. Oui, parce que nous cherchons à régler un tout petit problème : celui du financement… Et nous avons besoin de vous !

 

Avec un peu de chance, ces quelques lignes vous auront donné envie de venir participer à Lyon Science… Avec un peu de chance, vous serez même prêt à investir quelques sous pour le rendre possible… Merci à vous toutes et tous ! En espérant vous voir ce beau dimanche qui se profile !

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[Flash Info Chimie] #45 Abracadabra, un peu de lumière, et d’un triangle, je fais un petit rhombicuboctahèdre !

Parfois, il suffit de peu de choses pour transformer drastiquement des composés en d’autres, de formes, de tailles complètement différentes. Les composés à l’honneur dans cet article en sont un exemple parfait.

Il s’agit ici de complexes de palladium, c’est-à-dire des assemblages moléculaires constitués d’un ion palladium Pd2+, entouré de molécules organiques plus ou moins complexes, appelés ligands. Les complexes de palladium sont très utilisés en chimie fine, comme catalyseurs d’une grande variété de réaction chimique. Ici, les ligands sont un peu particuliers : non seulement ils peuvent se lier à deux ions Pd2+ simultanément, mais en plus, ils sont sensibles à la lumière : sous certaines irradiations, ils vont se transformer, légèrement, mais suffisamment pour engendrer de grandes modifications de l’architecture de l’assemblage moléculaire.

Ces composés, dits photochromiques, vont changer de structure sous une irradiation à 313 nm, ce qui va écarter légèrement les atomes (d’azote ici, N) sur lesquels se fixent les ions palladium. En les irradiants à nouveau, à 617 nm, on peut obtenir à nouveau le composé de départ.

La différence entre ces deux formes consiste en la liaison supplémentaire qui est formée entre les deux cycles contenant chacun un atome de souffre. On remarque que les deux atomes d'azote (N sur les schéma) s'éloignent de façon nette lors de cette transformation.

La différence entre ces deux formes consiste en la liaison supplémentaire qui est formée entre les deux cycles contenant chacun un atome de souffre. On remarque que les deux atomes d’azote (N sur les schéma) s’éloignent de façon nette lors de cette transformation (source).

 

Spontanément, les ions Pd2+ et leurs ligands forment des sortes de trimères, des jolis triangles parfaitement stable. Mais sous l’effet de la lumière à 313 nm (UV proches), les ligands se transforment, ce qui conduit à la formation d’un petit rhombicuboctaèdre (je dis « petit », parce que d’après Wikipédia, il faut bien le distinguer d’un « grand rhombicuboctaèdre », qui n’a pas du tout la même structure (voyons !)). Et de la même manière, sous irradiation à 617 nm, on retrouve le petit triangle initial.

 

structure

Les boules grises symbolisent les ions palladium. En jaune, les atomes de souffre, en vert les atome de fluor, en violet les atomes d’azote (source)

Il s’agit ici d’un article qui n’a pas prétention à proposer des applications. Néanmoins, passé l’émerveillement pour la beauté des structures obtenues, il apparaît que ces complexes photochromiques, qui changent totalement de forme et de structure sous irradiation pourrait avoir, dans un avenir certes assez lointain, des applications en médecine (relargage contrôlé par de la lumière d’un médicament contenu dans la « cage » que forme le rhombicuboctaèdre), catalyse, ou encore en électronique moléculaire.

 

« Light-Controlled Interconversion between a Self-Assembled Triangle and a Rhombicuboctahedral Sphere » M. Han et al. Angew. Chem. Int. Ed. 2015, 54, Early Edition

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Réchauffement climatique et rififi dans les couples pollinisateurs/fleurs

A cause du réchauffement climatique, des changements physiologiques importants peuvent se produire dans les espèces animales, et tout particulièrement chez les insectes. Changements permettant de mieux survivre aux évolutions environnementales…

Une équipe américaine a travaillé sur deux espèces de bourdons (Bombus balteatus et Bombus sylvicola) en milieu alpin. Ces insectes pollinisateurs ont, ou plutôt avaient, la particularité d’avoir une trompe longue, ce qui constitue un avantage évolutif pour collecter efficacement le nectar des fleurs présentant une corolle longue, en tube. Les scientifiques se sont aperçus qu’en 40 ans, la trompe de ces espèces s’était raccourcie de 26 % en moyenne, passant, globalement, de 8 à 6 mm chez B. balteatus et de 6 à 4 mm chez B. sylvicola.

Bombus Balteatus (crédit : D. Sikes)

Bombus Balteatus (crédit : D. Sikes)

Différences hypothèses ont été évaluées, comme par exemple un changement dans la proportion fleurs au tube court versus tube long, un changement morphologique global de ces insectes (leur taille qui diminuerait), ou une concurrence accrue avec de nouveaux pollinisateurs.

Pour les auteurs de cet article, il faut plutôt chercher du côté de la raréfaction globale des fleurs dans les alpages, qui favorise des insectes plus polyvalents (c’est-à-dire, ici, des insectes à la trompe plus courte).* En effet, en raison du réchauffement climatique, particulièrement sensible en haute altitude, les étés sont devenus plus chauds et plus secs, ce qui a provoqué une diminution spectaculaire du nombre de fleurs. A titre d’exemple, sur un des sites étudiés, « Pennsylvania Montain » dans les Rocheuses, entre 3600 et 3900 m d’altitude, la quantité de fleurs a diminué de 60 % en 40 ans.

Ce sont les insectes aux trompes courtes qui sont les plus polyvalents (contrairement, d’ailleurs, à ce que je pouvais imaginer). Le raccourcissement des trompes de ces deux Bombus leur a permis d’atteindre une plus grande diversité de fleurs, compensant ainsi, en partie, la disparition de leur stock de nourriture.

Les résultats de cet articles sont à la fois encourageants et inquiétants :

  • d’une part, ces espèces ont évoluées très rapidement afin de s’adapter aux modifications liées au réchauffement climatique, ce qui permet d’espérer que les pollinisateurs arrivent à « encaisser le coup » de la modification drastique et rapide du climat.
  • Mais d’autre part, la contrepartie de cette évolution, c’est la « déconnection » (traduction libre et personnelle du « mismatch » de la publication) des espèces entre elles : les bourdons et les fleurs d’alpages sont liées par une interaction de type « mutualisme », c’est-à-dire qu’elles tirent partie, chacune, de l’action de l’autre : le bourdon se nourrit, la fleur se reproduit. Une modification de l’une des espèces peut donc mettre en danger l’autre ! Ici, les bourdons pourraient polliniser de façon moins efficace les fleurs à long tube, en étant moins spécifiques de ces fleurs… Et ainsi conduire à la fragilisation de ces espèces.

Pour l’instant, il n’a pas été observé de modifications dans les proportions entre les espèces florales à tube plus ou moins long. Mais il me semble qu’il serait peu étonnant que des évolutions brutales survenant sur une espèce puissent laisser sur le carreau certaines de celles qui en dépendent.

 

(*) Evidemment, ils ont invalidé les hypothèses précédentes : pas de modification de la proportion fleurs à tube long/ fleurs à tube court ; Pas de modification de la taille de l’insecte ; Pas de nouvelle concurrence avec les nouveaux pollinisateurs.

« Functionnal Mismatch In A Bumble Bee Pollination Mutualism Under Climate Change » N. E. Miller-Struttmann et al. Science 2015, 349 (6255), 1541-1544.

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[Flash Info Chimie] #44 Liquide poreux, le retour

En avril 2015, je vous présentais les « liquides poreux« , ces liquides qui, tels les solides, présentent des cavités pouvant accueillir d’autres molécules. Pour être précis, on parle ici de micro-porosité permanente :

  • micro-porosité pour indiquer qu’il ne s’agit pas de la porosité liée à l’espace entre les molécules dans le liquide, qui est si faible qu’un atome ne peut même pas s’y glisser.
  • permanente, pour indiquer qu’il ne s’agit pas de cavité qui se forment et disparaissent au gré des mouvements ou des réactions chimiques dans le milieu

Dans un article paru il y a quelques jours dans Nature, un nouveau liquide poreux est présenté. Contrairement à celui que je vous avais présenté précédemment (où il s’agissait de nanosphères de silice), l’équipe nord-irlandaise a mis au point une molécule ressemblant à une cage, entourée de larges molécules (des éther-couronnes, pour les connaisseurs) pour éviter que la cavité, au centre de la cage, soit bouchée par un morceau d’une autre cage.

La molécule cage, qui tire sa rigidité permettant la porosité permanente de sa géométrie : un gros tétraèdre en gris/bleu/blanc, décoré par des éther couronnes en gris/rouge

La molécule cage, qui tire sa rigidité permettant la porosité permanente de sa géométrie : un gros tétraèdre en gris/bleu/blanc, décoré par des éther couronnes en gris/rouge

 

En utilisant un solvant très encombré (en fait, un autre ether-couronne), trop gros pour pouvoir pénétrer dans les cages, ils ont ainsi obtenu un liquide très poreux, dont les cavités sont susceptibles de contenir des gaz comme du CO2, du méthane, du xénon.

Les quantités « stockables » sont mineures comparés aux meilleurs solides poreux, mais l’état liquide a un gros avantage : il est adapté à la plupart des procédés industriels de traitement des gaz, où un liquide va solubiliser le gaz dans une première zone, l’amener via tuyauterie dans un autre compartiment où le gaz pourra être relargué, avant de retourner dans la première zone. Et ça, ce n’est pas gérable avec des solides !

« Liquids with permanent porosity » N. Giri et al. Nature 2015, 527, 216-220

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Cinq remèdes homéopathiques QUI MARCHENT !

De nombreuses publications ont montré que l’homéopathie ne fonctionne pas. Mais alors, pas du tout. En fait,TOUTES les publications scientifiques sur le sujet ont montré qu’en dehors de l’effet placebo, l’homéopathie n’avait aucune action sur le corps, à part éventuellement sur les personnes diabétiques, à cause du sucre qui compose les petites granules.

Homeopathic medication with chamomile globules

L’homéopathie… ÇA MARCHE !!!

Et bien pourtant, je vais vous présenter 5 remèdes HOMÉOPATHIQUES QUI MARCHENT, du moins s’ils existaient. Et vous allez voir que le principe de similitude, et autres théories fumeuses maintes fois réfutées n’y sont pour rien.

Avant d’entrer dans le sujet, rappelons que pour réaliser un remède homéopathique, on dilue une « teinture mère », c’est-à-dire un extrait aqueux ou alcoolique d’une plante ou d’un « truc » (foie de canard malade par exemple pour le fameux et très rentable Oscillococcinum). Pour les techniques de dilution, le Pharmachien en parle très bien, et c’est la notation « CH » sur le remède qui nous donne la concentration finale :

  • 1 CH correspond à une dilution par un facteur 100 de la teinture mère (1 mL pour 1 Litre d’eau)
  • 2 CH correspond à une dilution par un facteur 100 x 100 = 10 000 de la teinture mère
  • 3 CH correspond à une dilution par un facteur 100 x 100 x 100 = 1 000 000
  • etc… n CH correspond à une dilution par un facteur 100n

Bref, au bout de 11-12 CH, il est à peu près sur qu’il ne reste AUCUNE trace de la teinture mère dans le remède…

Après ces petites précisions d’usages, passons au TOP 5 DES REMÈDES HOMÉOPATHIQUES QUI MARCHENT !

REMÈDE N°1 : Norovirus Laxatus 4 CH

Ce remède se prend par voie orale. Il permet aux patients de fluidifier le contenu de leur tractus digestif et intestinal, qui pourra ensuite être évacué par les voies naturelles, haute, et basse. Prévoir néanmoins des toilettes à proximité, une alimentation à base de riz blanc et de carottes/bananes pendant quelques jours.

La teinture mère est constituée d’une suspension d’excréments de personnes atteintes de gastro-entérites aigues, à norovirus (soit la plupart des gastro-entérites en Europe). Chaque gramme de ces excréments contiennent entre 100 millions et 10 milliards de virus (1). Or, une dizaine de norovirus suffit à déclencher une gastro-entérite (2). 4 CH est donc une dilution tout à fait acceptable pour avoir une très bonne probabilité d’action du remède.

REMÈDE N°2 Thiolus Odorantis 4CH

Ce remède est réservé aux personnes trop sociables, et qui ont besoin de se retrouver un peu seule, dans une intimité que nul n’osera violer. Laissez fondre les granules de Thiolus Odorantis dans la bouche . L’effet est immédiat. Meme pour vous. Disons que vous n’accepterez sans doute meme plus votre propre compagnie, et surtout votre propre haleine.

Issus de la dilution de  3-méthylbut-2-ène-1-thiol  la molécule la plus odorante connue pour l’homme, vous exhalterez un parfum à vomir avec cette dilution au cent-millionième, puisqu‘un milliardième de gramme est déjà détecté par notre nez. N’essayez pas Thiolus Odorantis 3 CH ou une autre dilution plus faible si votre sens olfactif n’a pas été totalement détruit avant.

REMÈDE N°3 Toxicus Botulinium 5CH

Vous êtes trop tendu ? Vos muscles sont tous contractés ? Toxicus Botulinium 5CH est fait pour vous ! Une inhalation, et vos muscles se détendront, comme par magie. Utile aussi en cas de strabisme, et de nombreux autres troubles d’hyperactivité musculaire.

Préparée à partir d’un produit naturel non OGM (Clostridium Botulinium), cette solution à inhaler, ou à s’injecter directement dans les muscles hypertendus est d’une efficacité redoutable. Attention néanmoins au surdosage : la prise de 5 à 10 doses de Toxicus Botulinium 4CH, qui contient 10 ng de Toxine Botulique, a pour effet secondaire… La mort.

REMÈDE N°4 Coxiella Burnetiius 6CH

Ce remède… Ne remède pas grand chose. Par contre, il est très efficace contre des ennemis potentiels. A partir d’1 g de la matière première, a été produit plus de doses nécessaires qu’il n’y aura jamais d’humains sur Terre.

En estimant à environ 10-13 g la masse d’une bactérie de l’espèce Coxiella Burnetti (2), chaque dose de ce remède contient au moins une copie du micro-organisme… Ce qui est tout à fait suffisant pour infecter celui qui l’ingère. A administrer, donc à son ex, à sa belle-mère, ou à Kim-Jung Un. La Fièvre Q qui en résulte sera tout à fait spectaculaire.

Chose intéressante : ce « remède » reste efficace dès années après sa préparation, meme s’il est soumis à de fortes chaleurs, ou à des rayonnements UV intenses… Ne jetez pas vos vieux tubes, ils pourront toujours resservir !

REMÈDE N°5 Polonium Radiante 6CH

Vous vous ennuyez dans votre vie, que vous trouvez trop plate, sans émotions ? Prenez une dose de Polonium Radiante 6 CH, et il vous sera permis de vivre dans le doute, dans la peur de mourir dans d’atroces souffrances liées à la survenue de multiples cancers ! Ce remède, certes extremement couteux, est reconnu pour ses vertus cancérigènes… Mais attention, il ne s’agit pas d’une action chimique, mauvaise pour la santé ! C’est d’émissions de particules véloces au sein même de votre organisme dont on parle ici (ce qui n’est pas la même chose…). à partir des 85 g produits annuellement, ce sont 85 000 000 000 000 doses qui peuvent ainsi etre préparées. Le polonium 210, dont quelques picogrammes ingérés suffisent à dépasser les limites tolérables de radioactivité, va avoir une action prolongée, et distiller ses particules alpha pendant des mois au coeur même de vos organes…

Testé avec succès par la star russe Alexandre Litvinenko !

Ouf, c’est pour de faux !

Bien sûr, ces « remèdes » n’existent pas. Les valeurs données sont un peu approximatives (à un facteur 10 près…) , tout comme les voies d’administration (orale, par injection, par inhalation). Ce qui me semble important ici, c’est de mettre en avant les très faibles quantités des poisons, agents pathogènes, ou molécules odorantes qui suffisent pour induire une réaction de la part de notre corps. Des quantités si faibles, que des « doses homéopathiques » peuvent être responsables des pires effets ! Lorsqu’on dit que les tubes homéopathiques ne contiennent pas une seule molécule active, c’est totalement faux pour les faibles dilutions (jusqu’à 9 – 10 CH). Mais cela ne signifie pas pour autant que « l’homéopathie marche » : Ces remèdes sont les pires qu’on pourrait imaginer, issus des pires micro-organismes et pires poisons. Et en-deçà de 6 CH, ils n’auraient « même pas » les effets escomptés… Alors ne comptez pas sur moi pour promouvoir ces granules de sucre…

 

Bibliographie:

  • (1) Données issues de la thèse de Alison Vimont
  • (2) Estimation maison, sur la base de la masse d’une E. Coli. Coxiella est censée être une « petite bactérie…

Merci à Mme Déjantée pour m’avoir, de retour de vacances, fait exploser de rire en me proposant ce sujet !!

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