Du racialisme en toile de fond des commentaires sportifs ?

Je ne ferais qu’un court billet, suite au partage récent par Xavier Molénat (d’AlterEcoPlus, son Twitter) et Denis Colombi (son blog, son Twitter) de deux articles sur les performances sportives des athlètes africains :

 

La génétique au secours des préjugés racistes ? Raté…

Il paraît que Christophe Lemaître serait d'origine Kalenjins, lui aussi... #IlParaît

Il paraît que Christophe Lemaître serait d’origine jamaïcaine… Ou presque. #IlParaît

Dans ces deux articles, les sociologues rappellent que les commentaires des performances des coureurs africains font très souvent références à une supériorité physique naturelle de l’Africain de l’Ouest (pour le sprint), du Nord (pour le 5000 m et le demi-fond), de l’Est (pour le 10 000 m et le marathon). Pourtant, les études « performances et races » souvent anciennes épluchées par Sacco et Grémion ne donnent aucun liens concluants. Il a par exemple été montré que les caractéristiques physiques censées profiter aux kényans se retrouvent chez les scandinaves, qui ne brillent pas particulièrement en course… L’analyse des résultats sportifs ne va pas non plus dans le bon sens : à peine un « groupe ethnique » est désigné comme étant supérieur, qu’un autre lui dame le pion ! Les kényans des ethnies Kalenjins, par exemple, étaient censés, par mariage (limite consanguins, dirait un commentateur), conserver les gènes du l’endurance, et donc naturellement briller… Mais se sont fait battre par les éthiopiens, nouveaux venus dans les compétitions de longues distances. De la même façon, ce découpage est foireux (pardonnez moi l’expression !) : si les Kalenjins étaient supérieurs, le Soudan brillerait aussi, puisqu’ils en sont originaires. De même, les berbères sont très bien représentés parmi les athlètes de haut niveau. Pourtant, alors que cet ensemble d’ethnies est présent depuis l’antiquité en Lybie, aucun berbère libyen ne brille en athlétisme.

Et puis, il y a l’éternel problème féminin : comment expliquer, si la génétique ethnique est au centre des explications des résultats, que les nations qui brillent en athlétisme féminin ne soit pas DU TOUT les mêmes qu’en athlétisme masculin ? le Top 100 du Marathon féminin en 2000 comptait 22  africaines, contre 60 africains chez les hommes. De même, les pays d’Europe de l’Est brillent en compétition de semi fond et de fond chez les femmes, et se font écraser chez les hommes…

Bref, on a beau chercher, parler de supériorité génétique d’un groupe ethnique ou géographique n’a pas de sens… Ou bien il sert surtout à caser des préjugés racistes : si les africains ont les gènes pour courir, les européens ont les gènes de l’intelligence ? C’est si facile.

Lorsque la génétique est invalidée, le culturalisme prend le relais !

Si c’est pas les gènes, c’est qu’en fait, les Africains, ils courent tout le temps ! Si si, c’est bien la suite des discours ! l’Africain court pour échapper au lion ou encore pour aller à l’école ! La seconde assertion a tellement été assénée avec autorité, qu’elle a été étudiée et… démentie. Les meilleurs athlètes marocains sont très largement des urbains. Les régions dont sont issus les meilleurs kényans sont caractérisés par une forte densité d’établissement scolaire (trajet domicile – maison court… Pas idéal pour travailler l’endurance), et sont souvent passés par la case « internat »… La haute altitude des plateaux kényans a aussi été invoquée… (Quid des mexicains, des tibetains, etc… ?).

On pourrait multiplier les exemples de culturalisme mal placés, qui croient expliquer, au gré des performances des différents états, la supériorité des uns sur les autres. En vain. C’est ailleurs qu’il faut probablement chercher.

Nom de nom, qu’une seule solution : sociologisons !

C’est du côté historique et sociologique que l’on peut trouver les explications les plus convaincantes (ou qui me semble, personnellement, les plus convaincantes).

 

  • Historiques : Par exemple, pour Manuel Shotté, c’est sous le protectorat français que s’est installé l’idée que les marocains étaient doués pour la course. C’était en réalité le seul sport qui leur était accessible. C’est sur la base de cette croyance que s’est développé une politique de détection et d’entraînement qui a produit les athlètes reconnus sur la scène internationale.
  • Économiques : Certaines épreuves d’athlétisme, peu rémunératrices ont été délaissées par les nations occidentales. Ce qui a laissé le champ libre aux nations plus pauvres. Ceci se traduit quantitativement, entre autre, par un déclin des performances chronométriques des athlètes européens, par rapport à la génération précédente ! D’autre part, la course à pied reste un sport très accessible aux populations modestes, comparés à ceux qui demandent des équipements plus lourds.
  • Culturelles : «Pour nous, sport veut dire course à pied» a déclaré Addis Abeba, champion olympique à Sydney. (cité par F. Sacco et G. Grémon). Les futurs sportifs professionnels des pays comme le Kenya s’orientent vers la course à pied, seul sport susceptible de les porter sur la scène internationale. Il ne s’agit pas ici de parler des origines traditionnelles des athlètes, mais plutôt de contextes récents : la présence de grand champions mondialement reconnus crée un appel d’air pour les générations suivantes.

La lecture de ces deux articles vous éclairera sans doute davantage que mes quelques propos maladroits. Ils sont en accès libre, vous n’avez pas d’excuses !

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L’extrême-droite : l’alliée naturelle des pseudo-sciences et de l’obscurantisme

« Le maire de Béziers (proche FN) s’apprête à faire tester par 30 agents municipaux volontaires des « patchs anti-ondes » fournis par une entreprise locale.« 

R. Ménard (AFP Photo/ P. Guyot)

R. Ménard (AFP Photo/ P. Guyot)

C’est par ces quelques mots qu’est résumé un article dans MetroNews, sur « l’initiative » de Robert Ménard, qui veut faire tester des pendantifs GINKO CONTROL aux employés de sa mairie. J’avoue avoir éclaté de rire. Les pastilles anti-ondes « Ginko Control », je m’en étais moqué dans un article précédent. Mais lorsque c’est Ménard qui en fait la pub, celui-même qui s’est illustré il y a quelques jours pour des statistiques pseudo-ethniques mais réellement islamophobes dans les écoles de sa ville, là, ça devient hilarant, et inquiétant à la fois.

Dans le même temps, c’est le Professeur Joyeux qui lance une pétition contre la pénurie de vaccins trivalents, c’est-à-dire qui ne concernent que les trois maladies à vaccination obligatoire, Dyphtérie, Tétanos, et Poliomyélite.

Pr. Henri Joyeux

Pr. Henri Joyeux

Effectivement, aujourd’hui, ce sont des packages qui concernent 5 ou 6 maladies qui sont principalement vendus. Certains parents souhaitent, et c’est leur choix, ne pas multiplier les vaccins. La solution de repli (2 vaccins, un pour D.T., un autre pour Polio) existe, est gratuite, mais est moins connue et moins proposée par les médecins, d’où un sentiment de pénurie… L’article de Rue89 est bien fait sur la question, d’autant qu’il montre que les raisons invoqués par le Pr Joyeux contre les vaccins sont les arguments classiques (toxicité, aluminium, lien avec cancers ou maladie neuro-dégénératives), qui ont été réfutés à de (très) nombreuses reprises par de (très) nombreuses études épidémiologiques. Henri Joyeux se présente comme un scientifique, ultra compétent, et très expérimenté. En utilisant des arguments largement réfutés, il manifeste une posture obscurantiste autoritaire, à grand renfort de « moi je suis compétent et je sais », et de « vous, scientifiques contre mes arguments, vous êtes à la solde de Big Pharma et du grand capital ». Henri Joyeux s’est fait remarquer ces dernières années pour des positions ouvertement homophobes, sa proximité avec le mouvement anti mariage gay « La Manif Pour Tous » (on pourra lire ce texte de Joyeux par exemple), et son traditionalisme catholique qui l’a amené à la présidence de l’association « Familles de France » , et qui se traduit en particulier par ses combats contre les moyens contraceptifs hormonaux et contre l’IVG (ben oui, d’après lui, ça donnerait le cancer ! On pourra lire ici l’éclairage du site prochoix.org …).

Outre ces deux exemples de personnalité qui incarnent le lien indéfectible entre l’extrême droite et les pseudo-sciences, il faudrait citer aussi les récentistes (« le moyen-âge n’a pas existé », et les datations au carbone 14 ne sont qu’une mascarade !) comme Pierre Dortiguier, proche du « national-socialiste » Alain Soral (voir cet article de Rue89), ou encore les créationnistes (peu nombreux encore en France, « Dieu Merci » ! ) du Tea Party américain. Il serait aussi intéressant de lire l’article d’Alexandre Moatti sur un drôle de débat mené par Henri de Lesquen, président d’une radio de la « droite radicale », où tour à tour sont évoqués les bienfaits de l’amiante, « l’obscurantisme » des scientifiques français de ces dernières années, le « prétendu » réchauffement climatique, et « le grand historien négationniste » Faurisson…

Histoire, santé, climatologie, évolution… Peu de domaines sont épargnés par ces obscurantistes ou pseudo-scientifiques venus de l’extrême-droite. Cependant, deux raisons me semblent centrales pour expliquer cela : l’héritage traditionaliste, voire pétainiste de ce bord de l’échiquier politique, ainsi que son populisme à visée électorale.

L’obscurantisme, seul allié du racisme, du sexisme, de l’homophobie

Il est bien difficile de nos jours d’utiliser la science pour promouvoir une idéologie raciste/ sexiste/ anti-LGBT (Lesbien, gay, bi- et trans-sexuel), comme il est bien difficile de trouver des arguments en faveur de la création du monde par Dieu en 7 (ou plus) jours… Ainsi, lorsqu’une personne se revendiquant de la sphère savante expose des arguments bien tournés, feignant citer des études scientifiques respectables et des illustres prédécesseurs, elle est reçue les bras grands ouverts, et érigée comme caution scientifique (et morale !) de ces idées nauséabondes. On a ainsi vu des « sexologues » comme Thérèse Hargot (Voir son blog, si le coeur vous en dit) intervenir en faveur des arguments de La Manif Pour Tous (voir un article sur cette personne par Mme Déjantée), tout comme le Pr. Joyeux. On a entendu aussi cet évêque d’Orléans, André Fort ré-affirmer, avec soi-disant des études à l’appui, que le VIH passait au travers du préservatif (on lira cet article de Libé, où on apprend aussi que cette personne est très proche des milieux anti-IVG…).

Le négationnisme historique fait partie de l’ADN (d’une certaine) extrême droite. Il est donc naturel, qu’en plus des déclarations sulfureuses de responsables politiques (tellement innombrables qu’on ne peut même plus les citer), des individus se revendiquant des sphères savantes soient érigés en héraut de la « vraie » histoire. Gilbert Collard (député apparenté FN) applaudit à deux mains sur son blog les propos de E. Zemmour qui prétend que « Pétain a sauvé des juifs », pendant que Robert Faurisson, ancien universitaire (en littérature contemporaine), condamné pour provocation à la haine raciste et pour négation de crime contre l’humanité, est depuis les années 70 l’Historien qui dit vrai, contre la bien-pensance…

Ces obscurantismes me semblent liés à la mouvance traditionaliste de l’extrême droite. On y retrouve les idées les plus sombres qui ont agitées l’histoire de notre pays (l’antisémitisme, le fascisme), comme les idées les plus arriérés des extrémistes catholiques (homophobie, anti-avortement et anti contraception). À mes yeux, il s’agit d’idées véhiculées et diffusées par « l’élite » de cette droite identitaire, qui ressent manifestement le besoin de s’acheter une certaine respectabilité, en convoquant des figures d’autorité plus ou moins savantes, plus ou moins universitaires. Les hurluberlus de la Manif Pour Tous, par exemple, font partie de cette « élite », qui ne représente pas l’électorat classique « populaire » de l’extrême droite, mais plutôt les classes aisés catholiques traditionalistes. Bref, c’est un obscurantisme qui opère un mouvement descendant, depuis les dirigeants jusqu’aux militants, puis aux sympathisants.

Les théories pseudo-scientifiques :  un point de rencontre du populisme à visée électorale, et de la méfiance envers les élites « officielles »

La distinction entre obscurantismes et pseudo-sciences ne peut qu’être partielle, l’un se nourrissant de l’autre. Par exemple, lorsqu’on défend la falsification de l’histoire de la seconde guerre mondiale, on ne peut qu’être séduit par les théories récentistes pour lesquelles 800 ans – le moyen âge – ont été artificiellement, et récemment « ajoutés ». Néanmoins, il me semble que le point de convergence entre l’extrême droite et ces théories fumeuses est d’une autre nature.

La Science et les Scientifiques se sont très souvent positionnés (et se positionnent parfois encore) CONTRE l’opinion populaire. En inventant la « méthode scientifique » dont les résultats invalident certaines pratiques, et réfutent certaines idées reçues, la science moderne a pu s’éloigner des intuitions et des croyances. Mais ce faisant, elle s’est auto-instituée valeur morale, condamnant à la fois les charlatans qui promeuvent ces pseudo-sciences et les personnes qui y croient.* Les personnes inquiètes des « dangers » des vaccins ne sont souvent pas bien mieux loties que les personnes qui vendent leurs idées anti-vaccinales ! Leurs questions restent souvent sans réponses rationnelles de la part des pro-vaccins, et leurs inquiétudes se retrouvent balayées par un argument d’autorité. Ce genre de comportement approfondit considérablement le fossé entre la science « officielle », c’est-à-dire pratiquée et défendue par les élites sociales et culturelles, et une science « populaire », qui apporterait à tout des réponses « de bon sens ». Dans le contexte d’une crise de confiance avec les élites, entretenue par la collusion entre puissances financières, décideurs publiques et acteurs scientifiques qui est ressentie, la recherche de la Vérité qui serait cachée, ou de la Vérité qui serait ailleurs séduit tous ceux qui se sentent exclus des cercles de pouvoirs.

C’est justement cette exclusion, bien réelle au demeurant, qui est mis en avant par les mouvements d’extrême-droite, Front National en tête. En dénonçant « le système », en dénonçant les lobbys (étrangers, juifs, franc-maçons, islamistes, etc…), les élites (parisiennes, les énarques, etc…), ces partis s’adressent au même public que les promoteurs de la science « alternative ». La jonction s’effectue naturellement, à travers des théories complotistes, ou des messages de sympathies d’une partie ou d’une autre…

Les exemples sont nombreux. On les trouve davantage sur des sites de groupuscules beaucoup moins institutionnels que le FN, mais non moins terrifiants…

Ici, sur le site « Nouvel Ordre Mondial », on trouve par exemple un article édifiant sur le fait que « Les électeurs du Front National sont les plus intelligents » et on découvre un graphique montrant que le QI moyen d’un frontiste est de 130, avec un témoignage édifiant d’une militant « ingénieur de haut niveau » « en moteur à énergie libre » (une histoire de moteur perpétuel… Encore et toujours… Je vous invite à lire cet article de Dr Goulu sur ce type de technologie).

Là, sur le site du « Réseau Voltaire », créé par T. Meyssan (l’auteur du fameux livre « l’effroyable imposture » qui est censé démontré l’inexistence des attentats du 11 septembre). On apprend que l’OMS et l’UNICEF ont volontairement stérilisés des populations entières sous couvert de campagne de vaccination. Le lien avec l’extrême droite est réel, et transparaît dans les interviews de Meyssan à propos des manifestations pour les manifestations « jours de colère« , et du Front National.

Là encore, sur le site « Égalité et réconciliation », géré par Alain Soral (antisémite et conspirationniste notoire, qui vient de créer son parti avec Dieudonné), c’est l’esclavagisme aux USA qui est remis en question.

Là toujours, sur le site « les matriciens », c’est de la pseudo-anthropologie simpliste, condamnant Claude Levi-Strauss, Françoise Héritier (ces « pseudo-anthropologues » du Collège de France), le patriarcat des musulmans et des gens du voyage (source de consanguinité, et donc de tares génétiques), avant de faire l’éloge du renouveau matriarcal de la famille Le Pen (de Marine à Marion Maréchal Le Pen).

Il existe, hélas, beaucoup d’autres exemples. Il faut également souligner que certains mouvements de la gauche sont eux aussi concernés par les pseudo-sciences. Là où il y a matière à dénoncer, pour des raisons rationnelles, économiques et politiques l’industrie du nucléaire, ou encore le productivisme de l’agro-industrie, on retrouve des arguments faisant appel à l’irrationnel contre les OGM, contre « les ondes », etc… A l’extrême gauche, on trouve également des personnages sinistres tentés par le même conspirationnisme qu’à l’autre bout de l’échiquier politique. J’ose imaginer qu’ils sont moins nombreux, et surtout, qu’ils sont amèrement critiqués par d’autres. (On trouve par exemple sur le site des Morbaks Veners (sur la plateforme antifa.net) une liste impressionnante de sites conspirationnistes, complotistes, pseudo-scientifiques sans distinction d’orientation politique).

Je ne pourrais finir cet article sans lancer un plaidoyer pour une communication totale entre scientifiques et grand publics. Totale, c’est-à-dire où l’écoute est à double sens, sans complexes d’infériorité ou de supériorité, de la part des publics et des scientifiques. Où les deux parties sont amenées à co-construire les savoirs et les façons de les diffuser. Après tout, nous sommes tous experts dans certains domaines, et novice dans d’autres. Nous avons tous à apprendre de l’Autre, que cela soit dans les grandes Disciplines de la Science, comme dans toutes les autres facettes de la pensée Humaine. Cette alliance entre extrême-droite et pseudo-sciences témoigne aussi de cette hiéarchisation des savoirs et des personnes, source d’exclusion et de stigmatisation des « ignorants », et d’isolement des « élites culturelles ».

N.B. 1. J’ai conscience que les quelques réflexions présentes dans ce billet sont superficielles et même naïves, en raison de mon manque de culture historique, sociologique, et politique. Néanmoins, j’avais besoin de poser ça là, et j’espère que vous n’hésiterez pas à enrichir, contredire mes propos avec vos réflexions en commentaire !

N.B. 2 Les liens vers les sites d’extrême-droite ou conspirationnistes ont été réalisés grâce à « Do Not Link » : Ils n’améliorent pas leur visibilité et leur référencement par les moteurs de recherche.

* Parfois, les scientifiques officiels ont d’ailleurs pu utiliser des arguments aussi fallacieux que ceux des défendeurs des pseudo-sciences. Dans « La Science et l’Opinion Publique », B. Bensaude-Vincent raconte la condamnation par l’Académie Royale de Médecine en 1784 des pratiques de F.A. Mesmer, qui « soignaient » les foules grâce à des séances collectives de magnétisme. Finalement, c’est surtout « l’atteinte aux bonnes moeurs » qui est retenu pour interdire cette pratique.

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[Flash Info Chimie] #42 Détecter la grippe avec un lecteur de glycémie

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais lors de la pandémie de grippe H1N1, la confirmation des cas était réalisée par des techniques chères et sophistiquées, et prenait du temps. En raison du matériel nécessaire, les méthodes fiables de détection de ces virus ne sont toujours pas accessibles aux médecins de famille et dans les zones peu médicalisées.

Des chercheurs d’Atlanta ont donc inventé un système biochimique simple permettant d’utiliser un lecteur de glycémie (vous savez, ce sont les machines d’une soixantaine d’euros, utilisés par les personnes diabétiques pour contrôler leur taux de sucre dans le sang) pour détecter la présence de grippe dans un échantillon de sécrétion nasale.

Grippe

Il s’agit simplement d’une molécule de type sucre complexe, appelé SG1 qui va être coupé en deux par les neuraminidases (vous savez, le fameux « N » dans H1N1 ou H1N3…) des virus de la grippe. Et se faisant, SG1 va relarguer du glucose, dont la quantité pourra être mesuré par le lecteur de glycémie.

Grippe2

Cette méthodologie, testée sur 19 souches différentes, permet d’obtenir un diagnostic fiable en moins d’une heure, pour un coût dérisoire. De quoi révolutionner le suivi des épidémies et pandémies de grippe.

« Electrochemical Assay to Detect Influenza Viruses and Measure Drug Susceptibility«  X. Zhang et al. Angew. Chem. Int. Ed. 2015, 54, 5929–5932.

 

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[Flash Info Chimie] #41 chimie prébiotique : une origine commune à tous les composés du vivant ?

Il ne se passe pas un mois sans des nouvelles du côté de la chimie prébiotique… A croire que la mission Rosetta, dont un des objectifs est l’analyse chimique de la comète 67-P qui pourrait receler des composés prébiotiques, agit comme un catalyseur puissant dans ce domaine de recherche.

En particulier, une question revient de façon récurrente : de quoi étaient composés les premiers êtres vivants, ou, du moins, les premiers systèmes chimiques complexes capable de se répliquer ? L’idée qui est assez admise, consiste à penser que l’ARN a toutes les qualités pour remplir le rôle de support du code génétique (à la place de l’ADN actuel), de catalyseur et de machinerie chimique (à la place des protéines actuelles), ainsi, même, que de composé de base pour les membranes cellulaires ou intracellulaires (à la place des lipides actuels). Cependant, la fragilité des nucléotides à ARN est pointée du doigt comme étant une sérieuse épine dans le pied des partisans -très nombreux- d’un monde à ARN…(1)

Pour John D. Sutherland et son équipe, de l’Université de Cambridge, il est tout à fait plausible/possible/probable que dès la constitution des premières briques du vivant -cette fameuse « soupe primordiale »-, l’ensemble des molécules du vivant tel que nous le connaissons soit apparu. Cela permettrait de lever les objections récurrentes au monde à ARN (comme du monde à protéine, autre hypothèse souvent évoquée) Dans leur article, paru dans Nature Chemistry, ils montrent comment, à partir simplement de l’acide cyanhydrique (HCN), il est possible d’obtenir de nombreux acides aminés, des nucléotides, des lipides, en utilisant seulement de l’eau, du sulfure d’hydrogène, des ions phosphates, et des ions cuivres et de l’acétylène.

A partir du composé 11, l'acide cyanhydrique, on obtient... Tout le reste (source : ref (2))

A partir du composé 11, l’acide cyanhydrique, on obtient… Tout le reste (source : ref (2))

On pourrait considérer que l’hypothèse de départ (présence d’acide cyanhydrique, de sulfure d’hydrogène, de cuivre, de phosphate, d’acétylène) est un peu tirée par les cheveux. Ce serait le cas, si on imaginait que tout se produisait en même temps, au même endroit. Il faut plutôt considérer, d’après les auteurs, de multiples zones de synthèse, chacune avec leurs spécificités (présence d’acétylène, ou de phosphate, ou de sulfure d’hydrogène, etc…), qui conduiraient à la production de la grande diversité de composés, nécessaire à l’émergence d’une forme de vie qui utiliserait déjà l’ensemble des grandes familles de composés biochimiques…

(1) Hypothèse du monde à ARN : en anglais sur Wikipédia (ou en français)

(2) « Common origins of RNA, protein and lipid precursors in a cyanosulfidic protometabolism » B.H. Patel et al., Nature Chemistry 2015, 7, 301-307

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la télomérase : l’inhiber contre les cancers, l’activer contre le vieillissement ? (1)

Il y a quelques temps déjà, j’avais écrit deux billets sur les télomères, la télomérase, et l’opportunité de l’inhiber pour lutter contre les cellules cancéreuses (voir ici et ). S’il fallait résumer en quelques mots, on pourrait dire que :

  • les télomères sont les extrémités des chromosomes : ils jouent le rôle de protecteur du code génétique. Mais à chaque division cellulaire, ils rétrécissent un peu, jusqu’à atteindre une taille critique, qui bloque toute nouvelle division des cellules (elles entrent alors en « sénescence »), ou qui provoque le suicide programmé de la cellule (appelé apoptose)
  • Dans certaines cellules, un complexe protéinique appelé la télomérase, a pour rôle de maintenir, ou de rétablir la taille des télomères. La télomérase n’est pas présente dans la quasi totalité de nos cellules : seules nos cellules souches, ainsi que certaines cellules du système immunitaire (les lymphocytes T en particulier)) sont concernées.
  • Par contre, la télomérase est sur-exprimée dans 80 – 90 % des cellules cancéreuses, et permet leur immortalisation : elles peuvent alors se diviser à l’infini, sans que leur « horloge biologique » ne marque la fin de leur activité…

La télomérase apparaît donc à la croisée des chemins : son absence est la cause du vieillissement de nos cellules, et donc, in fine, de notre organisme, sa présence est source d’immortalisation des cellules tumorales… Il n’en fallait pas tant pour que les scientifiques cherchent soit à l’inhiber, soit à l’activer.

Contre les cancers : la télomérase, objectif à abattre !

Inhiber la télomérase, c’est, pour 90 % des cancers, rendre les cellules malignes à nouveau mortelles. Ce qui signifie que la tumeur va vieillir, puis… mourir, ou arrêter de se développer. Encore faut-il que l’organisme en ait le temps.C’est la raison pour laquelle les inhibiteurs de la télomérase sont très généralement testés en combinaison avec d’autres anticancéreux : aux uns de tuer le maximum de cellules malignes, à l’autre d’empêcher les restantes de se développer à l’infini.

Actuellement, plusieurs inhibiteurs sont en cours d’évaluation. Le plus avancé dans les tests cliniques est l’Imetelstat, actuellement en phases i et II seul, ou en combinaison avec d’autres anti-cancéreux. Il s’agit d’un oligonucléotide (c’est-à-dire un petit brin d’ADN modifié, en gros) : il va être pris en charge par la télomérase à la place du vrai télomère, et bloquer la machine.

Dans la sous-unité hTERT de la télomérase, l'imetelstat va se lier à la partie qui reconnaît le brin du télomère, et ainsi empêcher son élongation.

Dans la sous-unité hTERT de la télomérase, l’imetelstat va se lier à la partie qui reconnaît le brin du télomère, et ainsi empêcher son élongation.

Un autre inhibiteur est aussi développé, en phase pré-clinique actuellement, et donne des résultats intéressant : le BIBR1532. Il s’agit non pas d’un oligonucléotide, mais d’une « petite molécule ». Son mode d’action n’est pas très clair, même si lui aussi va prendre la place du brin télomérique.

BIBR1532

BIBR1532

La télomérase : un appât pour l’immunothérapie

Puisque les cellules cancéreuses sont (presque) les seules à produire ces protéines, pourquoi ne pas s’en servir comme d’un marqueur pour cellules malignes ? C’est la base des immunothérapies basées sur la télomérase.

En effet, le problème des cellules cancéreuses, c’est qu’elles sont encore moins particulières que les cellules normales : tout se passe comme si elles « s’indifférenciaient« … Et c’est bien là le problème ! Cela permet la contamination des organes voisins, et l’apparition de métastases : les cellules cancéreuses voyagent dans la circulation sanguine incognito avant d’essaimer dans un poumon, un os, un cerveau… La télomérase pourrait bien être ce marqueur, qui permet de distinguer une cellule maligne d’une cellule saine. Et une fois qu’on a un marqueur, on peut le cibler efficacement par immunothérapie : pour cela, on peut produire des vaccins qui vont sensibiliser le système immunitaire contre cette cible. Et ça aussi, ça marche : Trois vaccins (GV1001, Vx-001 et GRNVAC) sont actuellement en phase clinique II ou III contre des cancers variés (mélanome, cancer du pancréas, de la prostate…).

Alors, une cible en or ?

Le ciblage de la télomérase suscite toujours, 30 ans après sa découverte, beaucoup d’enthousiasme. Sans doute à raison : dans les années qui viennent, la mise sur le marché probable de l’imelstat et des vaccins anti-télomérase va venir renforcer l’arsenal thérapeutique de la lutte anti-cancer. Leur sélectivité, liée à l’absence de télomérase dans la plupart des cellules saines est particulièrement intéressante, et on peut raisonnablement estimer qu’ils permettront de sauver des vies.

Cependant, il ne faut pas oublier que la télomérase est présente dans 80 – 90 % des cancers, et qu’il existe des mécanismes alternatifs d’élongation des télomères utilisés par les autres, qui permettent de se passer de ce complexe de protéine. Ces thérapies anti-télomérase pourront peut-être être utile dans un grand nombre de cas, mais des résistances surviendront, nécessairement.

Par ailleurs, l’efficacité de ces traitements est limité par deux éléments :

  • Si le cancer en est déjà à un stade avancé, il est probable que les télomères aient été déjà très allongés, beaucoup plus que les cellules saines. Dans ce cas, les inhibiteurs de la télomérase arrivent trop tard : il faudra de très (trop) nombreuses divisions cellulaires avant que la tumeur cesse de croître…
  • Les immunothérapies marchent très bien… Lorsque le système immunitaire n’est pas trop affaibli : or c’est souvent le cas, lorsque le cancer est avancé.

On revient, comme souvent, à l’idée que les cancers, quelque soit leur traitement, doivent être traités le plus précocement possible… D’où l’intérêt de se faire dépister ! (mais correctement, hein ! je ne vous ferais pas encore un lien vers mon billet « Dépistons, piège à c***« )

 

À Suivre : l’activation de la télomérase : le graal de la lutte contre le vieillissement ?

 

Pour en savoir plus :

 

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Des liquides micro-poreux : L’état solide n’a plus le monopole de la porosité !

La porosité est, à première vue, une propriété intrinsèque de l’état solide, et lui est totalement réservé.

  • Parler de la porosité des gaz est absurde puisque dans cet état, les atomes/molécules sont très éloignés les uns des autres. Parler de « vides » ou de « pores » entre un réseau d’atomes/molécules n’a aucun sens ici.
  • Parler de la porosité d’un liquide n’est pas, a priori, inepte : les molécules/ atomes qui le constitue ne se « touchent » pas, et on peut donc imaginer calculer les distances entre molécules, et donc, la taille des pores. des travaux théoriques ont été réalisés sur le sujet, et l’espace inter-moléculaire dans un certain nombre de liquide a été évalué. Les distances caractéristiques obtenues sont inférieure à 1 Angström (10-10 mètre), c’est-à-dire la taille d’un atome (1). Bref, cette porosité « extrinsèque » (à « l’extérieur » des molécules qui constituent le liquide) existe, mais on ne voit pas trop à quoi elle pourrait bien servir, vu la faible taille des pores…

Et pourtant, dans un article de 2007, une équipe de recherche de Belfast a proposé le concept novateur de liquide microporeux (2), possédant des cavités de tailles acceptables pour accueillir des petites molécules.

 

Des liquides poreux… Pour quoi faire ? 

Avant d’aller plus loin, et d’explorer la question de la faisabilité et de l’existence de tels liquides, on peut se poser la question de l’utilité de ce type de matériau… En fait, si on considère le très large spectre d’utilisation des matériaux solides, l’intérêt d’un liquide poreux est immense. Citons néanmoins quelques exemples emblématiques :

  • Stockage de gaz
  • Filtration, purification (A quand des colonnes « liquides » rechargeables de GC, d’HPLC, etc…)
  • Dépollution (par capture sélective d’ions par exemples)
  • Catalyse chimique homogène
  • Stabilisation de matériaux explosifs

La liste n’est pas, loin s’en faut, exhaustive…

 

A quoi peut ressembler ces liquides poreux ?

Sur le modèle des solides poreux, l’idée des auteurs est de proposer des liquides dont les composants montrent cette fois une porosité intrinsèque, c’est-à-dire des cavités vides, pouvant être éventuellement remplies par des constituants plus petits, gazeux par exemple. Les auteurs proposent trois types de liquides poreux :

porousliquid

Cette image, directement tirée de la publication, mérite une explication. D’après les auteurs, il pourrait y avoir trois types de liquides poreux :

  • Type 1 : Un liquide constitué d’une seule espèce chimique ayant une porosité intrinsèque (en haut à gauche)
  • Type 2 : Un liquide constitué de deux espèces, un non poreux (en bleu), un présentant une porosité intrinsèque (en bas à droite)
  • Type 3 : Un liquide dans lequel serait dissout des éléments poreux présentant de multiples pores (en bas à gauche)

 

Du schéma simpliste… à la réalité ?

Sur le papier, cela fait de jolis schémas fort simples, où l’on voit très bien de quoi il s’agit… Mais en réalité, ce n’est pas du tout trivial, si bien qu’en 2007, les auteurs n’avaient pratiquement aucun exemple de liquide poreux à proposer…

En premier lieu, il faut des composés qui possèdent une cavité.

En second lieu, il faut que les composés à porosité intrinsèque soient suffisamment rigides pour ne pas « s’effondrer » sur la cavité dès que celle-ci est vide. On n’est pas à l’échelle macroscopique ici ! Les liaisons chimiques sont flexibles, les atomes peuvent tourner sur eux-même, et la molécule changer sa conformation pour minimiser l’espace… Certains composés connus pour accueillir en leur sein d’autres espèces chimiques, comme les calixarènes ne conservent pas du tout leur cavité centrale si elle n’est pas occupée…

un exemple de calixarène. Un ion, une petite molécule peut se loger au centre de la molécule en forme de... calixe

un exemple de calixarène. Un ion, une petite molécule peut se loger au centre de la molécule en forme de… calice

Enfin, même si les molécules sont suffisamment rigides, une autre difficulté apparaît : les molécules voisines ne doivent pas remplir la cavité. Cela parait évident pour les liquides poreux de type 2, si l’autre composé a une taille moindre, ou une plus grande flexibilité. Mais même chez les meilleurs candidats pour le type 1, il semble assez systématique qu’un morceau du composé se retrouve dans la molécule voisine… C’est ce qu’on observe par exemple chez les cyclodextrines :

schémas généraux des cyclodextrines, sorte de couronnes composés d'unités glucose reliées entre elles...

Schémas généraux des cyclodextrines, sorte de couronnes composés d’unités glucose reliées entre elles… La cavité se trouve au centre de l’édifice.

 

Alors, ça existe, des liquides poreux ?

En 2007, les exemples n’étaient pas nombreux, loin s’en faut… En fait, il semble qu’au moment de la publication de cet article, il y en avait trois qui tenaient la route, même si aucune preuve directe de l’obtention d’un réel liquide poreux n’avait été établie.

Un candidat très sérieux a été proposé en 1994 : il s’agit d’une molécule de type « hemicarcerand » (3):

Hémicarcérand, proposé par Cram en 1994.

Hémicarcérand 

T.A Robbins et son équipe ont en effet synthétisé une telle molécule, où la cavité se trouve au centre. Dans la synthèse, une petite molécule de solvant se trouve emprisonné. Mais en dissolvant ce composé dans un solvant très encombré (du diphényléther), trop gros pour pénétrer dedans, et en chauffant plusieurs jours à près de 200 °C, ils ont pu mettre en évidence que le pore central « semblait » libre…

En 2003, c’est un « metallocube » qui est mis en avant : il s’agit d’une structure cubique organométallique compacte, ou chaque coin est occupé par un atome de Cobalt ou de Ruthénium (4). Grâce à des liaisons chimiques courtes et rigides, cette molécule ne se déforme pas lorsque sa (petite) cavité est vide. Elle peut être dissoute dans divers solvants, ce qui permettrait l’obtention d’un liquide poreux de type 2.

Le Metallocube de T.B. Rauchfuss. les ligands Cp et Cp* ne sont pas représentés dans la structure du bas, par soucis de clarté.

Le Metallocube de S.C.N. Hsu et coll. Les ligands Cp et Cp* ne sont pas représentés dans la structure du bas, par soucis de clarté.

Enfin, les auteurs de cet article citent deux autres études dans lesquelles des structures solides ont pu être dispersées dans divers solvants, donnant donc des liquides poreux de type 3.

Il faut noter que cet ensemble d’exemples n’a jamais été étudié en tant que matière poreuse à l’état liquide…

 Et puis, en 2015, un liquide poreux de type I…

Entre 2007 et 2015, il y a eu l’essor formidable de la nanochimie. Dans le domaine qui nous intéresse, cela s’est traduit par l’invention du premier liquide poreux de type 1, et de son étude (5). Les auteurs de cette étude ont travaillé avec des nanosphères de silices creuses, d’une dizaine de nanomètres de diamètre. Celles-ci présentent bien une porosité intrinsèque, leur permettant d’accueillir gaz et petites molécules organiques. Pour obtenir un liquide (les nanosphères de silice sont sous forme solide usuellement), ils ont décorées ces sphères avec des brins de polyéthylèneglycol (PEG). A partir de 6°C, cet assemblage apparaît sous la forme d’un liquide relativement visqueux.

Des nanosphères creuses ("Hollow Spheres") solides au liquide poreux...

Des nanosphères creuses (« Hollow Spheres ») solides au liquide poreux…

Outre l’intérêt théorique de ce liquide poreux, les chimistes ont montré dans cette publication qu’il pouvait être utilisé pour séparer des gaz. En y faisant circuler un mélange de diazote N2 et de dioxyde de carbone CO2, ils ont pu montré que le CO2 diffusait beaucoup plus vite à travers ce liquide que le diazote. L’interprétation est très simple, en réalité : en raison d’interactions favorables, le CO2 passe par l’intérieur des cavités, alors que le N2 diffuse entre les nanosphères…

porousliquid2

 

Si cette séparation n’est pas plus efficace, pour l’instant, que les filtrations classiques par les solides, elle fait néanmoins office de « preuve de concept » remarquable.

On n’a pas fini d’entendre parler de ces nouveaux liquides…

 

(1) A. Pohorille et al.J. Am. Chem. Soc. 1990, 112, 5066

(2) N. O’Reilly, N. Giri, S.T. James, Chem. Eur. J. 2007, 13, 3020

(3) T.A. Robbins et al. J. Am. Chem. Soc. 1994, 116, 111.

(4) S.C.N. Hsu et al. Angew. Chem. Int. Ed. 2003, 42, 2663.

(5) J. Zhang et al. Angew. Chem. Int. Ed.  2015, 127, 946.

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[Flash Info Chimie] #40 Oubliez le viagra, et passez à l’optogénétique pour bander !

Hum. Je ne pensais pas que les Flash Info Chimie me mèneraient sur ce terrain… Mais puisqu’il s’agit d’une publication dans le journal Angewandte Chemie, une des principales références de la littérature scientifique en chimie, je me dois de vous parler de corps caverneux, de pénis, et d’érection. Attention, une ou deux images de pénis de rat seront susceptibles de choquer les plus jeunes d’entre vous (Faut pas trop s’inquiéter non plus, hein, c’est pas très impressionnant, même en érection !)

Comme un grand nombre d’entre vous le savent déjà, le mal de ce siècle, après le paludisme, le sida, la tuberculose multi-résistante, les cancers, la dengue, la rougeole, Ebola, les maladies cardiovasculaires, le mal de dos, les allergies, les punaises de lit et les pieds qui puent, consiste en… Les troubles de l’érection. Parce que vous êtes vieux, trop réservés, trop stressés, qu’on vous a retiré la prostate, etc… vous ne pouvez plus bander autant, et aussi bien que vous (ou votre/vos partenaires) le souhaitez. La solution actuelle ? la petite pilule bleue !!

Le Viagra : la pilule bleue à 2 milliards de bénéfice (et aux 20 milliards de spam) !

220px-Viagra_in_PackLe Viagra, qui a rapporté près de 2 milliards d’euros à Pfizer avant de tomber dans le domaine public, permet de provoquer une érection quelques dizaines de minutes après sa prise (et de lutter contre l’hypertension artérielle, mais ça, c’est une autre histoire).

Pour comprendre son mode d’action, il faut se faire une idée des mécanismes biochimiques qui provoquent l’érection. Vous allez voir, c’est tout simple !

Deux médiateurs sont particulièrement critiques dans l’induction de l’érection masculine. Le premier, le monoxyde d’azote NO, est libéré directement ou indirectement par les terminaisons neuronales (en bleu sur le schéma), pénètre dans les cellules musculaires, et permettent l’activation d’une enzyme, la « Guanylate Cyclase » (GC, en bas à gauche de la cellule musculaire sur le schéma). Cette enzyme transforme le GTP (guanosine triphosphate) en GMPc (guanosine monophosphate cyclique), qui est LE responsable du relâchement des muscles lisses des artères péniennes, et ainsi de l’engorgement de sang dans les corps caverneux, et donc, de l’érection (Sources : wikipédia, et l’article).

Le Viagra (Sildénafil, de sa dénomination internationale) est un inhibiteur de la PDES, l’enzyme responsable de l’élimination du GMPc. Il permet donc de maintenir des concentrations élevées en cette espèce chimique, et ainsi de provoquer un afflux sanguin conséquent, et durable. Mais le problème, c’est qu’il en faut, au départ, du GMPc ! Autrement dit, le Viagra et les autres inhibiteurs de la PDES renforcent et prolongent une érection existante… Si la chaîne de synthèse du GMPc, depuis la libération de NO, jusqu’à la guanylate cyclase est défaillante, ces médicaments sont inefficaces. De plus, ils sont incompatibles avec la prise de certains autres principes actifs, avec l’existence de certains troubles cardiaques ou hépatiques…

 Oubliez le viagra, vive EROS le bien-nommé !

Le cahier des charges d’un bon stimulateur d’érection est donc le suivant :

- provocation d’une érection même si l’ensemble de la chaîne est défaillante (à condition d’avoir un pénis en état de fonctionnement tout de même, sinon, demandez la solution à Taupo, du blog SSAFT, il m’en a suggéré une sur Twitter l’autre jour)

- provocation d’une érection sur demande, contrôlée dans le temps

- Pas de contre-indication, pas ou peu d’effets secondaires

C’est là qu’une équipe hélvético-française a eu l’idée d’inventer le stimulateur EROS. Oui, EROS pour ERectile Optogenetic Stimulator.

Le principe de fonctionnement est très simple : il s’agit ni plus ni moins d’un gène modifié de guanylate cyclase, qui va permettre la fabrication par les cellules musculaires du pénis de GMPc, et donc l’érection. Et pour contrôler cette fabrication, la guanylate cyclase artificielle est commandée par de la lumière bleue : sous lumière bleue : la GMPc est produit, et donc érection. Sans lumière : pas de GMPc.

C’est bien ici de la thérapie génique, pour utiliser les gros mots : on injecte localement (AIE !!! ) le gène artificiel, qui rétablit une fonction défaillante. L’avantage, c’est qu’il n’y a pas les même contre-indications qu’avec les médicaments : les modifications apportées sont uniquement locales, la GMPc agit dans les cellules musculaires qui contiennent EROS, et les effets secondaires, cardiaques notamment, n’existent donc pas. Et de plus, en court-circuitant l’ensemble de la chaîne du mécanisme de l’érection, EROS permettrait aux patients aux défaillances graves de retrouver toutes leurs capacités…

Enfin, et c’est là un avantage indéniable, tant qu’EROS est exprimé par les cellules musculaires des artères pénniennes, il n’y a pas de nécessité de nouvelles prises (par injection dans le pénis, je le rappelle. RE-AIE !). Alors que le Viagra doit etre pris à chaque fois, et au maximum une fois par jour, EROS est actif pendant… Longtemps ! (j’avoue ne pas avoir trouvé dans la publication la durée de fonctionnement. Chez les rats, les tests sont concluants pour des durées au moins égales à 100 heures… A suivre…)

Bon, ne nous emballons pas trop non plus. Pour l’instant, EROS n’a été testé que sur des rats… Mais avec succès ! Et pour ne pas vous décevoir, voici ces pauvres (ou pas) spécimens lors des expérimentations…

Un rat, dans sa cage rétro-éclairée

Un rat, dans sa cage rétro-éclairée

Et la preuve, en image de l’efficacité d’EROS …

ratEROS2

e : témoin, sans lumière; f et g : rats en érection induite par la lumière bleue

Personnellement, je me pose tout de même quelques questions. Cette stimulation lumineuse est bien sympa, mais si un simple dispositif portable suffisamment puissant permet de provoquer une érection efficace et durable, qu’en est-il de la lumière solaire à la plage, si le maillot est trop transparent à la lumière bleue ? D’autre part, il faudrait vérifier qu’il n’est pas nécessaire de continuer à s’éclairer le pénis pendant le rapport sexuel, sous peine de quelques soucis techniques (il semblerait cependant que la stimulation lumineuse initiale suffise…)

Enfin, dernière précision : les mécanismes d’érection chez l’homme et chez la femme étant très similaires, je ne vois aucune raison de ne pas développer EROS pour l’ensemble des partenaires…

« A Synthetic Erectile Optogenetic Stimulator Enabling Blue-LightInducible Penile Erection » T. Kim et al. Angewandte Chem. Int Ed. 2015Early View

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[Flash Info Chimie] #39 cristallisation : forcer le destin !

Les chimistes vous le diront : obtenir des composés organiques sous forme cristalline relève plus de l’art que de la technique. Oh, il existe des méthodes, nombreuses, toutes les plus ingénieuses les unes que les autres… Mais à savoir celle qui va marcher…

En général, à la fin d’une purification, les produits, censés être solides, se retrouvent sous forme d’une sorte d’huile. En attendant un peu, beaucoup (à la folie parfois !), ou en grattant le récipient à l’aide d’une spatule en métal, ou d’une baguette en verre (ce n’est pas pareil !), ou en ajoutant des solvants dans lesquels les produits sont plus ou moins solubles, on espère créer les conditions favorables à la transformation de ce liquide visqueux en solide. Un jour, je parlerais de toutes ces techniques, et des nombreuses prières que j’ai adressé aux dieux des cristaux pendant mes années en laboratoire…

Le mysticisme qui entoure la cristallisation de ces huiles est telle qu’un chercheur m’a un jour déclaré :

C’est dingue : on galère comme des malades pour cristalliser les nouveaux produits. Par contre, un produit qui a été synthétisé dans ce labo, même si c’était 10 ans en arrière, il cristallise immédiatement.

Bon, bref. Revenons à la publication.

En pharmacie, l’obtention des composés sous forme cristalline est une étape critique. Et si on sait créer et utiliser des inhibiteurs, on manque cruellement de promoteurs de cristallisation. Des chimistes de l’Université du Michigan (USA) présente dans cet article une nouvelle approche pour inventer des promoteurs :

Pour inhiber la cristallisation d’un produit présent dans un solvant dans lequel il est insoluble, il faut augmenter sa solubilité. Pour cela, on peut, par exemple ajouter une autre espèce chimique, elle parfaitement soluble, qui va se lier au produit, et ainsi le maintenir en solution. C’est ni plus ni moins le rôle du savon qui permet de solubiliser la graisse dans l’eau de la douche ou de la vaisselle !

Ici, les chercheurs se sont inspirés de ces inhibiteurs, mais au lieu de les laisser en solution, ils les ont fait polymériser, et fixés sur un support solide. Cette fois, les liaisons inter-moléculaires ne sont pas facteurs de solubilisation, mais au contraire, pré-organise les molécules, et favorise la nucléation, c’est-à-dire des premiers germes cristallins.

A gauche : les molécules d'intérêt (en bleu) sont liés aux inhibiteurs de cristallisation, et restent en solution (de façon désorganisée) A droite : les "inhibiteurs" sont réunis sous forme d'un seul polymère permettent l'organisation du composé d'intérêt

A gauche : les molécules d’intérêt (en bleu) sont liés (liaisons pointillées rouge) aux inhibiteurs de cristallisation (gris), et restent en solution (de façon désorganisée)
A droite : les « inhibiteurs » sont réunis sous forme d’un seul polymère permettent l’organisation du composé d’intérêt

En utilisant comme le paracétamol et l’acide méfénamique (le « Ponstyl ») comme composés modèles, les chercheurs ont ainsi montré que la vitesse de cristallisation était considérablement augmentée (jusqu’à 100 fois plus grande) en présence du polymère correspondant.

 

« Controlling Phramaceutical Crystallization with Designed Polymers Heteronuclei » L. Y. Pfund et al. J. Am. Chem. Soc. 2015, 137 (2), 871-875

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